VEHICULES « FRANCE AU-REVOIR »

Une belle illustration des « France Au-revoir » avec un car de transport des élèves du Lycée Sainte Marie de Cocody, Abidjan…donc Côte d’Ivoire…
Merci aux Rapides de Lorraine et leur TIM!!!
Un bon moyen pour ces élèves de faire le tour de la Moselle chaque jour, sans quitter le bled! Looool!!

I LOVE AFRICA!!

POURQUOI J’AIME DETESTER LES TRANSPORTS EN COMMUN

– Parce que parfois le siège est mouillé et que le chauffeur du véhicule ne nous prévient qu’au moment où on peste que la robe qu’on a porté va devoir faire un tour à la case pressing !!! Le comble c’est que le chauffeur se justifie toujours par le fait que le véhicule a été intégralement lavé la veille au soir et que c’est pour ça que les fauteuils n’avaient pas encore bien séché ! Grrr

– Parce les sièges sont souvent inconfortables. Faut se mettre dans la peau d’un contorsionniste pour se sentir à l’aise dans ces cas.

– Parce qu’il y toujours un autre passager, à l’arrière, qui pense qu’il mérite plus de confort que les autres, alors il s’étale jambes écartées pendant que les deux autres luttent la place et demi restante. Pfff.
Le comble c’est que lorsqu’on lui signale qui devrait se pousser légèrement, il fait un mouvement qui ne change rien à l’affaire (se bouger d’un millimètre pour ce que ça coute…)

– Parce que le client a du mal à être ne serait-ce que prince ! Le chauffeur considère que le seul contrat qui le lie au passager c’est de le conduire d’un point A à un point B moyennant quelques sous ; les « à côté » n’incombant qu’à lui tout seul. Aussi pas la peine de se plaindre de sa conduite pas très prudente !! C’est le roi des sens interdits, des dépassements douteux, des accélérations brusques, des queues de poissons à tuer un cardiaque…mais le client n’a qu’à prier pour arriver sain et sauf, parce que chauffeur là est bobo sur toutes ces remarques !!

– Parce que c’est dans les transports en commun qu’on constate qu’une grande partie de la population vie dans ou à proximité de maquis ou bars…sinon comment expliquer les décibels que le chauffeur nous sert tôt le matin ou tard le soir, alors que nos esprits ont besoin de calme et de concentration ?
Comment justifier le fait que le passager d’à côté se sente la mission de nous égayer en musique (sans notre consentement évidemment) quand par hasard, il n’y a aucun autoradio dans le véhicule.

Dans le cas du chauffeur, en général il n’est pas prêt pour nous quand on lui demande de diminuer un peu le son…ou quand il s’exécute, nous fait mine d’avoir été contraint sous la torture.

Dans le cas du passager volontaire, ça fait trop rire de voir dans son regard et dans son sourire le « ne me remerciez surtout pas je sais que je suis un sauveur de l’humanité, je le fais pour vous ! » ! Lui se retrouve tout penaud lorsqu’un des passagers lui recommande gentiment d’utiliser les écouteurs qu’il a certainement oublié de s’acheter… La casse !

C’est dans ces situations qu’on voit que la bonne éducation est nécessaire dès le bas âge…

– Parce que les gens gueulent au téléphone sans se soucier du fait qu’ils incommodent les autres. Après tout nous avons tous les mêmes droits dans ce véhicule !!

– Parce qu’il y a toujours des dragueurs super lourds, qui vous font des compliments à deux balles et qu’on est obligé de supporter jusqu’à notre descente parce que ce sont des téméraires, et même si l’on tente de les reconduire poliment, ils persistent… Et puis monsieur, c’est bizarre que vous cherchiez le nom de mon parfum aux notes douces et fleuries, limite attirantes que vous sentez depuis que vous êtes assis à mes côtés…vu que je n’ai mis aucun parfum !! Oui oui à moins que je n’avais moi-même jamais remarqué que mon corps avait naturellement un parfum de fleurs des champs ! Aaaah les menteurs !!

– Parce qu’il y a des chauffeurs tellement bavards qu’on ne rêve que de boules Quiès jusqu’au bol d’air dans les oreilles à la descente… Et au contraire, d’autres tellement silencieux qu’on a le temps de se remémorer tous les films qu’on a regardés dans lesquels le psychopathe était chauffeur de taxi !

– Parce bien souvent il n’y a plus de manivelle et aucune vitre ne peut être montée ou baissée quand par temps de pluie on reçoit directement toute l’eau du ciel ou que par périodes caniculaires on suffoque à l’intérieur… Le chauffeur lui est toujours zen face à ces situations…

Parce que beaucoup de choses qu’on ne finira jamais d’énumérer…
Mais parce qu’aussi on s’y tape des gros fous rires et qu’au final on aime quand même ces putains de transports en commun !! (A suivre…)

TICKET POUR L’ENFER

Le marabout burkinabé qu’il avait rencontré ce jour là lui avait donné son numéro de téléphone et recommandé de l’appeler au plus tôt pour commencer le travail.

Petit Kôyaga avait hâte de recourir à ses services. Il avait confiance en ce grand féticheur voltaïque qui était de passage à abidjan, spécialement pour décanter le problème d’un de ces nombreux « grands types » du pays, nouveaux riches arrogants en public mais assez craintifs de leur sort, au cas où l’argent arriverait subitement à manquer. Ils étaient prêts à tout, ceux là, pour maintenir la baraka de leur côté ! « Si Le Tout-Puissant est avec nous, qui sera contre nous ? »… Ce paganisme sur fond de religion avait fini par s’y confondre et d’aucuns s’adonnaient à des sacrifices scabreux au nom de ce Dieu à qui ils prêtaient tous les pouvoirs mystiques, fussent-ils diaboliques.

Petit Kôyaga était chauffeur de taxi compteur. Il avait rencontré le maitre, au hasard d’une de ses innombrables courses, un jeudi après-midi. Le vieillard avait emprunté son taxi à un des carrefours situés non loin des tours administratives du plateau. Il lui avait tendu une feuille de papier défraichie sur laquelle une adresse de la commune d’Abobo était inscrite. Les amulettes du vieil homme l’avaient d’abord intrigué et lui avaient même fait peur. Pourtant au fur et à mesure du parcours, une conversation avait débuté entre les deux hommes. L’homme lui avait dit ressentir une sorte de malédiction qui pesait sur la famille de Petit Kôyaga. Il commença à énumérer quelques petits problèmes qui faisaient partie du quotidien de Petit Kôyaga. Il lui parla de perte de mémoire régulières, d’échec scolaire, de projets avortés…

Petit Kôyaga se sentit tout d’un coup transparent. Comment cet homme avait-il pu détecter en quelques fractions de secondes, les maux qui le rongeaient depuis l’enfance ?? Aussi longtemps que le peu de mémoire qu’il avait s’en souvenait, il avait toujours eu des absences, des trous noirs… Il entrevoyait alors les échecs à l’école, qui lui avait valu d’arrêter son parcours en CM1, il songeait au nombre de fois où il n’avait pas atteint sa recette du jour, pour avoir oublié d’encaisser trop de clients… Peu à peu il se confia au vieil homme…

A 35 ans, Petit Kôyaga qui avait passé toute son enfance à Man, dans la région des Montagnes, n’avait vu la terre de ses ancêtres que 15 minutes, à l’occasion d’une halte rapide un jour qu’il se rendait à Boundiali. Il n’était pas descendu du véhicule. Pourtant il s’était senti un lien profond avec ce petit territoire rural. L’inexplicable… Nous gardons la terre de nos ancêtres dans notre âme, tel l’ADN qui définit notre nature.

Son père lui avait fait promettre, ainsi qu’à ses frères et sœurs de n’aller sous aucun prétexte dans son village natal qu’il avait fuit plusieurs années auparavant, après avoir été informé de justesse, par un mouride venu de Dakar, qu’il était la prochaine victime de la confrérie de sorciers que présidait son oncle Siaka. Il douta tout d’abord de la mise en garde du grand marabout sénégalais, avant de se rendre compte que l’oncle Siaka le regardait de plus en plus de l’œil du coupable qui a été surpris en flagrant délit et qui n’a pas l’intention de laisser de témoins.

Le père de Petit Kôyaga avait ouï dire qu’après sa fuite, oncle Siaka avait jeté un sort sur lui et toute la descendance qu’il aurait : Il s’était juré de le voir mort avant de lui-même passer de vie à trépas !

Il n’a jamais compris pourquoi cet oncle, qui avait remplacé son père, après le décès de celui-ci, lui en voulait autant. Il n’était pas plus riche ou plus intelligent que ses propres enfants…

10 ans après son exil, le père de Petit Kôyaga apprit que le vieux Siaka avait été retrouvé mort dans sa case, le corps gisant dans une mare de sang. Aucun coup ou tir d’arme n’avait été constaté sur le cadavre… Etrange mort… Il avait toujours pensé que si l’oncle Siaka avait autant duré sur cette terre, c’était uniquement grâce à sa femme, tante Fanta, une sainte réincarnée qui répandait autour d’elle amour et bonté. Il s’était toujours demandé comment cette femme avait pu s’enticher d’un homme aussi mauvais. La loi de l’équilibre peut-être… le yin et le yang.

(…)

Le samedi suivant, Petit Kôyaga arriva très tôt à la grande gare d’abobo. Le vieil homme devait l’y rejoindre à 5 heures du matin. Quand il l’avait appelé la veille, Petit Kôyaga lui avait dit clairement que ça ne l’intéressait ni de retrouver la mémoire ni de se défaire du mauvais sort familial. Son unique préoccupation était de savoir comment devenir extraordinairement riche ! Il en avait marre de cette vie de taximan qui ne lui garantissait que des hémorroïdes à vie. Il voulait être reconnu comme un grand Babatchê, faire les vrais « travaillements » lors des grandes cérémonies, rêvait d’immeubles dans les grands quartiers d’Abidjan, sa femme et ses deux enfants ne devraient manquer de rien, les écoles de renom pour eux… Tout ça n’avait à ce jour été qu’un rêve…mais ce matin brumeux là, il sentait que la chance tournerait enfin de son côté…

Le maître l’avait mis en garde : ce type de travail pourrait avoir des conséquences graves… Petit Kôyaga s’était dit prêt à assumer son destin. Il émit toutefois une condition : sa femme et sa progéniture ne devaient pas se retrouver victimes de son choix. Il ne voulait pas mettre en danger leur vie. Pour lui c’était autre chose. Il était prêt à se sacrifier pour eux, quitte à perdre un bras, un pied, un œil, la moitié du corps, la vie…

Après une séance minutieuse de « dépurification », le travail devait se faire au cimetière de Williamsville, au moment exact où le premier cadavre de la journée allait être enterré… Le pacte avec les esprits maléfiques serait alors définitivement scellé.

Les deux hommes, à la fin du rituel, devaient se séparer sans se croiser du regard. Ce serait la dernière fois qu’ils se rencontreraient…

Lorsque tout fût terminé, Petit Kôyaga ressentit une étrange émotion. Il prenait conscience qu’il ne pouvait plus faire marche arrière.

Au niveau du grand portail d’entrée du cimetière, une vieille femme qui portait 2 grands sacs, négocia avec lui son trajet jusqu’à l’aéroport. Elle avait un avion à prendre pour Lagos et celui-ci décollait dans moins de 2 heures. Vu que la circulation n’était pas encore encombrée, petit Kôyaga en déduit qu’il était possible d’arriver à Port-Bouet dans les 20 minutes. Négocier 5000 FCFA pour cette course…la p’tite vieille ne devait pas vivre à Abidjan, le royaume de l’arrangement où les clients sont toujours prêts à saigner les pauvres chauffeurs de taxis, sans pitié pour le service qu’ils rendent. Les radins !

Il rangea les sacs dans le coffre de la voiture et prit la direction de l’aéroport. Aucun autre mot ne fût échangé dans le taxi jusqu’à destination. De temps en temps, Petit Kôyaga jetait un regard furtif vers la vieille femme. Son calme dégageait quelque chose de mystérieux, mais rassurant.

Un quart d’heure plus tard il descendit sa passagère en lui souhaitant un très bon voyage. Lui n’avait jamais pris d’avion et rêvait de monter aux States dès qu’il pourrait. La femme lui sourit en lui lançant : – Mon fils il faut assumer ton destin ! Elle disparut ensuite dans la foule des voyageurs pressés…

Comme tous les samedis, la journée de Petit Kôyaga fût sans répit, il enchaina les courses aux quatre coins de la ville et même jusqu’à Bassam pour y déposer quelques touristes européens.

Il était exténué ! Quand il rentrerait le soir, Amy, qui lui aurait concocté un vrai repas, lui ferait un bon massage, avant qu’ils ne fassent l’amour histoire de se délester de la pression qu’il avait accumulée dans la journée.

Vers 21h quand il rentra chez lui, il décida comme à son habitude de vérifier si des clients distraits n’avaient pas oublié des objets personnels dans le véhicule.

Quelle ne fût sa surprise de constater que dans le coffre se trouvaient les 2 sacs de la vieille de Williamsville. Sa mémoire lui avait encore une fois fait défaut !! Il avait oublié de décharger les bagages et visiblement la vieille femme n’avait également pas eu le reflexe de le lui demander ! Où devait-elle être en ce moment ??? Dans un commissariat d’Abidjan ? A Lagos ?… Petit Kôyaga ne savait pas quoi faire. Il descendit les affaires et les déposa dans un coin de sa chambre.

Au moment d’aller prendre sa douche, les dernières paroles de la vieille femme retentirent dans sa tête… – Mon fils il faut assumer ton destin !

Son intuition le guida alors vers les sacs égarés. Il resta bouche bée devant ce qui s’offrait à sa vue : le premier sac était rempli de liasses de billets de banques euros, dollars et CFA… Il prit peur ! En ouvrant le second sac, il manqua s’évanouir : des lingots d’or !! Pris de panique il s’enferma dans sa chambre, reprit son souffle pour réaliser ce qui lui arrivait ! Le maître, le cimetière, la vieille femme, les sacs…

C’est quand il voulu ranger les sacs dans le fond de son placard, le temps de réfléchir à ce qu’il allait en faire, que tout s’éclaircit. Un petit bout de papier glissa d’une des poches externes sur lequel Petit Kôyaga pouvait lire : TICKET POUR L’ENFER. PRIX A PAYER : 6 MOIS A VIVRE (mort violente dans les mêmes conditions que l’enterré de l’aube).

Petit Kôyaga frissonna de peur, mais se ressaisit aussitôt. Le choix il l’avait fait depuis ce matin. Il devait désormais assumer son destin. Le compte à rebours venait de commencer…

Il fit l’amour à sa femme comme jamais il ne l’avait fait. Entre deux souffles, il savait que cette nuit était la dernière que sa famille et lui passeraient dans ce bidonville.
Il tenait à profiter à fond de son ticket sans retour.
Amy serait une très jeune veuve, mais elle s’en remettrait vite avec tout ce qu’il allait lui laisser ainsi qu’aux enfants… Il avait choisi l’enfer pour eux, il devait donc gagner leur paradis…

Nb: Nouvelle inspirée d’une conversation que j’ai eu avec un chauffeur de taxi compteur le 1er janvier. Lui était prêt à prendre son ticket pour l’enfer… A chacun ses choix…

Connais-tu mon beau pays?

Dans les années 80, cela va sans dire, j’étais gamine…

Les premières étapes scolaires, les jeux de marelles et de « temps-passe » avec les copines, l’alloco au goûter de 16h… Un morceau de pain et un œuf (à 25 Fcfa chacun) avec de l’alloco à 50 Fcfa étaient largement suffisant pour rassasier les touts petits, la dévaluation n’existait pas encore, la Côte d’Ivoire était un exemple de réussite africaine. Une fierté dans la sous-région!

En ces temps là, il y avait une émission qui passait sur la radio nationale : « Connais-tu mon beau pays ? ».
Elle débutait toujours par une chanson traditionnelle interprétée par une vielle femme… Ceux qui ont vécu la même « époque » que moi s’en souviennent encore.
Quand il était l’heure de « Connais-tu mon beau pays ? », cela voulait dire que dans quelques minutes, le car pour l’école allait passer et qu’il fallait se dépêcher pour ne pas le rater !!!

Il faut dire qu’on s’en foutait allègrement de « Connais-tu mon beau pays ? » et même les jeudis quand il n’y avait pas cours, personne n’avait de temps à perdre à écouter les histoires des différents peuples du pays ou à comprendre leurs us et coutumes. Les intervenants (chefs de villages et autres) parlaient dans l’une des soixante et quelques ethnies et un chroniqueur traduisait.

Personnellement je préférais écouter Chantal Goya…

Les années ont passé et je me suis de plus en plus rendue compte de mes énormes lacunes culturelles…

Inadmissible d’être aussi ignorante sur mes propres racines !!!

La honte dans l’âme, c’est maintenant que j’aimerais mieux connaitre ce beau pays qui n’a que trop souffert du peu d’intérêt touristique que lui porte ses propres habitants…
Il ne suffit pas de revendiquer son africanité, son ivoirité encore faudrait-il le vivre…