BARRAGES OU BRAQUAGES ?

Depuis quelques jours, les abidjanais ont constaté avec « satisfaction » la disparition effective des barrages anarchiques dans nos artères. Ouf de soulagement pour les automobilistes ! Fini les rackets. Chacun pourra enfin épargner sa petite monnaie et ses pauvres billets pour faire autre chose que payer le café et l’eau de la plupart des corps habillés pas toujours honnêtes et plutôt spécialistes quand il s’agit de faire la manche !

Dieu merci, nos dirigeants ont compris que, pour que nous puissions, à nouveau, nous sentir libres dans la capitale, il devenait impératif d’alléger le dispositif militaro-policier auquel nous étions tous contraints de nous soumettre. Nous sommes dans la joie, une joie immense ! Nous sommes dans l’allégresse, car nous sommes libérés de ces hommes en armes…

Mais en réalité, l’apaisement est-il total? Pas tant que ça ! Comme par enchantement,  les braquages, agressions  et meurtres se multiplient de jours en jours. Flippant !

Que penser de tout cela ? Avec la fin des barrages anarchiques, comment éviter les braquages incessants ?

Les abidjanais étaient fatigués des barrages. Ce n’est pas pour autant qu’ils souhaitent se faire braquer à chaque coin de rue déserte. Dans cette situation, comment trouver la solution ? A ce rythme, on regrettera bientôt nos gentils mendiants en uniformes dont la présence, garantissait un minimum de sécurité.

Certains ex-braqueurs qui voulaient s’assagir en rentrant dans les rangs militaro-policiers auraient-ils été trop frustrés de l’arrêt de leurs missions lucratives sur les routes et décidé par ailleurs qu’il serait préférable de reprendre les activités du passé ? C’est une question que beaucoup de personnes commencent à se poser…  Parce qu’étrangement le sentiment d’insécurité ne fait que grimper dans nos cœurs.

Pourtant, nous avons été informés à grands coups médiatiques de la mise en place du Centre de Commandement et de Décisions Opérationnelles (CCDO). Quel est le véritable rôle de cet organisme que nous regardons tous du coin de l’œil? Qui, à Abidjan, pourrait croire qu’avec seulement des caméras de surveillance, nos pompiers, agents de polices, gendarmes etc… interviendraient plus rapidement et plus efficacement ? Pour le moment dans la ville, on voit nos CCDO sillonner dans des pick-ups, des casques militaires sur les têtes. Mais avec tous les faits-divers macabres qu’on détaille chaque jour, nous n’avons pas encore appris qu’une intervention du nouveau commando d’élite a été réussie. Quand vont-ils intervenir ? Surtout, que personne ne dise qu’il est trop tôt pour faire un bilan. Dans nos rues, il n’y a plus d’heure pour se faire agresser ou  être abattu. Plusieurs personnalités et anonymes en ont fait les frais…

Nous nous en remettons donc, une énième fois, à nos Autorités, pour qu’elles nous trouvent de vraies solutions. La sécurité de la population est en jeu. En clair : nous avons peur !

Les barrages doivent-ils fonctionner à nouveau ? Les séances de braquages sont-elles une manière de montrer à la population qu’elle a eu tort de décrier cette disposition sécuritaire ? Il ne s’agit pas de créer une quelconque polémique, mais plutôt d’interpeller nos dirigeants sur l’atmosphère qui prévaut actuellement dans nos rues.

Une chose est sûre, si nous n’avons aucune autre alternative, entre barrages et braquages, on choisira toujours les moindres maux… Comme le dit l’adage ivoirien « On ne doit pas quitter dans fourmi pour aller dans mangnan ! »

 

(Paru dans L’Intelligent d’Abidjan du 22/03/2013)

A CHACUN SON BUSINESS

Vu ce matin:

« Moi je suis un sourd-muet.
Je vais chercher où se trouvent les cartes d’identités et pièces perdues.
Je n’ai pas volé.

PRIX DES PIÈCES TROUVÉES
Carte d’identité (Nouvelle): 2000F
Carte d’identité (Ancienne): 1000F
Permis de conduire: 5000F
Carte professionnelle: 500F

Prix de la recherche: 100F »

Je suis restée muette devant cet étal insolite…
C’est clair, il n’y a pas de « sous-metiers »… Il y a aussi des « sourd-metiers »
A chacun son business dans pays là…

TOUT SE VEND, TOUT S’ACHÈTE…

LE GARCON QUI NE PEINAIT PLUS A PARLER

Quand Yehni Djidji proposa une place pour assister au deuxième café littéraire mensuel organisé par Marie Catherine Koissy, femme de média aux multiples facettes, je ne savais pas encore que j’allais passer un des moments les plus plaisants de la semaine.

Ce vendredi 8 mars, 2013, en compagnie de Josué Guebo, Président de l’Association des écrivains de Côte d’ivoire (AECI), je pénètre l’antre de AimSiKa, subjuguée par l’originalité du lieu. En effet, comment s’imaginer que l’escalier à l’intérieur de ce drugstore, conduit vers un espace chaleureux, au décor cosy et au doux éclairage qui respire la convivialité. La boisson et les amuse-bouches en libre consommation ne font que me conforter dans cette impression de bien-être.

Sur les murs, beaucoup de clin d’œil aux USA…  En fond sonore des classiques de feu le « Roi de la Pop Music » Michael Jackson.

Sur un présentoir, des exemplaires du recueil de nouvelles « Le petit garçon qui peinait à parler », à se procurer, pour ceux des invités qui ne l’ont pas encore.

Nous sommes installés depuis 18h30, mais la rencontre avec l’artiste chanteur-écrivain Kajeem débute une heure plus tard.

Ma première impression en le voyant : grand de taille, un air fragile, un peu candide.

Après les mots d’accueil de Josué Guebo et de Marie Catherine Koissy, et un passage assez théâtrale du comédien Bah Kanolo, la parole est donnée à Kajeem . Surprise pour moi : l’auteur de ce recueil de nouvelles ne peine pas tant que ça à parler ! Pour un bègue, il s’exprime plutôt normalement. J’apprendrai plus tard que ce résultat est dû à plusieurs exercices respiratoires qu’il s’est imposés durant plusieurs années.

Si « Le petit garçon qui peinait à parler » devait être résumé en un mot, on opterait pour CRISE. Crises multiples, crise (s) dans la crise (en parlant de la situation de la Côte d’Ivoire), crise au-delà des apparences, crise de sens…

Selon l’ auteur, trois histoires, en particulier, ont un soupçon autobiographique… Cependant, pour Marie Catherine Koissy, que l’auteur l‘admette ou non, toutes les nouvelles nous offrent des tranches de sa vie.

Mais se réunir autour de ce recueil de nouvelles a été, en réalité, un prétexte, pour découvrir l’univers de l’homme.

Pourquoi Kajeem s’est-il mis à l’écriture d’un livre?

Simplement Parce que le format musical actuel ne permet pas d’excéder 3 minutes 30 secondes par chanson, ce qui restreint le champ d’expression. Or, nous sommes loin de l’époque où, comme Fela, l’on pouvait se permettre de raconter une histoire rythmée en 30 minutes…

On apprend surtout que c’est une manière pour l’auteur de renouer avec ses premières amoures. En effet, c’est l’écriture qui l’a mené au chant.

Le rôle de la femme dans sa vie

Kajeem a eu la chance d’avoir deux mamans: une brave mère adoptive qui a élevé une vingtaine d’enfants avec beaucoup amour et sa mère biologique, femme de poigne, meilleure chanteuse que son fils, mais qui n’a pas pu entamer de carrière musicale du fait de son statut de chef traditionnel. Kajeem se souvient qu’à la mort de son père, la plus grande douleur qu’il a eue a été d’envisager la perte de sa propre mère, femme très précieuse à ses yeux.

En ce jour dédié aux femmes du monde, l’artiste leur a rendu hommage en louant le mérite qu’elles ont de ne pas avoir l’égoïsme des hommes en matière de gestion familiale.

Kajeem nous a aussi exprimé sa fierté de n’avoir qu’une progéniture féminine.

 Le bégaiement : regard sur un handicap

Kajeem définit le bégaiement comme un mal du silence. Un mal dont il a souffert tout au long de son parcours scolaire, obligé de subir le mépris de ses compagnons de classes. Mais cela ne l’a pas empêché d’être brillant élève, le meilleur de tous jusqu’en fin d’études à l’université.

Le bégaiement, il l’associe à une multitude d’idées qui se bousculent dans sa tête, et qu’il a réussi à canaliser à travers le chant.

Marie Catherine Koissy,  nous a également confié qu’elle a un handicap, sans nous dire lequel… Et si son regard flamboyant était le fruit de ce handicap qu’elle a tourné à son avantage ? Me suis-je intérieurement demandé… Nous n’aurons pas la réponse. Seul, Kajeem, qui soutient activement l’association d’aide aux enfants handicapés « La Page Blanche », aura la faveur de le savoir en aparté…

A la fin de la rencontre, un roman de Regina Yaou a été offert à Kajeem ainsi qu’un cadeau surprise, à déballer loin de nos regards… La curieuse que je suis s’est sentie un peu frustrée par cette deuxième devinette de la soirée.

C’est aux environs de 21h30 que la séance de dédicace a commencé.

En toute franchise, je n’ai pas vu le temps passer. Des afterworks littéraires: j’en redemande!!!

Ma conclusion :

1) J’ai eu un véritable coup de foudre artistique pour Kajeem.

2) J’ai été ravie de faire la rencontre de l’illustre Henri N’Koumo.

3) Je ne peux que louer cette belle initiative de Marie Catherine Koissy, qui est une référence pour moi, une des rares femmes d’excellence qui dans mes années jeunesse, faisait le rayonnement de la télévision nationale.

Prochain rendez-vous AimSika:  Jacobleu, artiste peintre.

 

Credit photos: AimSika Shop

SOLUTIONS PROVISOIRES

Le début de cette semaine a été marqué par un fait non négligeable : le déguerpissement des taxis et « wôrô wôrô », qui depuis des années, avait établi leur gare sur le site du très connu « Lavage » de Yopougon. Sans grande surprise, cette action a causé le mécontentement des chauffeurs, syndicats et usagers lésés.

Il faut admettre que l’implantation de cette gare anarchique arrangeait tout le monde. La jonction idéale pour accéder à toutes les autres communes de la ville….

Mais comment faire lorsqu’aucune disposition n’est réellement prise, pour la gestion des transports en commun ? En fait de règlementation, nous nous accommodons de pseudos règles de syndicats pas toujours reconnus et de percepteurs nerveux, nullement déclarés, et par conséquent pas habilités à agir officiellement.

Dès lors, l’argent que devrait percevoir l’état, à travers les taxes légales, s’envole, réparti dans le circuit informel.

Bref, ceci est un problème qui n’a pas encore trouvé solution… Peut-être parce que tout le monde y gagne…  Bien évidemment, je dis ça, je ne dis rien ! Toutefois, je voudrais particulièrement me pencher sur la délocalisation de cette fameuse gare du « Lavage ».

Pas besoin d’être un génie pour savoir que dans quelques jours, un autre site sera occupé dans la commune de Yopougon, et cela, pas forcément légalement. Une nouvelle organisation sera mise en place pour satisfaire les usagers à la recherche de nouveaux repères. Les moyens de transports publics  étant insuffisants pour drainer le flux de personnes sans véhicules personnels, qui se déplacent chaque jour dans la ville, le réseau intermédiaire convient à tout le monde…

L’Etat prend des dispositions, mais souvent ne peut faire face aux problèmes que celles-ci engendre. Ainsi, nous nous plaignons souvent que les choses sont mal règlementées, mais sommes obligées de les cautionner, ou du moins de nous y adapter… Faux jeu de dupes !

En parlant de transport, revenons au problème des véhicules banalisés qui effectuaient illicitement le transport entre les communes. Leur interdiction d’exercer cette activité n’a pas  été respectée plus d’une semaine. A ce jour, nous continuons de nous déplacer en « wôrô wôrô personnels », très conscients des (faibles) risques encourus. Un billet de 500 F remis discrètement, par le transporteur illégal, lors d’un contrôle de police, étant largement suffisant pour fermer les yeux de nos autorités sur la question… Qui doit faire quoi dans ce pays pour maintenir efficacement l’ordre des choses ? Question difficile à répondre, quand on sait que nous résolvons le plus souvent les problèmes en en créant d’autres, ou du moins en les déplaçant.

Les gares, les crevasses sur les routes, le porte-monnaie anorexique du « chef de famille », le panier de la ménagère qui s’amincie, les caniveaux bouchés de toutes parts, l’insalubrité ingérable etcetera… Que faut-il faire pour apporter des résultats concrets et durables à tous nos problèmes? J’ose quand même espérer que nos ponts en construction n’auront pas besoin de réfections importantes après seulement un an d’ouverture à la circulation. De grâce, pensons sincèrement développement durable, au risque d’émerger avec beaucoup de peine.

En ce jour destiné aux femmes, que ma faible voix puisse porter pour faire entendre ce message à nos autorités : Oui aux Vraies Solutions, mais Non aux Solutions Provisoires.

 

(Paru dans l’Intelligent d’Abidjan du 08/03/2013)

VALETE POPE BENEDICT XVI

La journée d’hier 28 février 2013, a été marquée par un évènement historique, en matière de gouvernance, fût-elle religieuse : le renoncement du pape Benoit XVI au trône de Saint Pierre !

Après Célestin V en 1294, nous voici au XXIème siècle, face à la même situation, d’abandon volontaire de charge. L’annonce, en début de carême, de cette démission inédite, en a ébranlé plus d’un dans le monde. Chacun y est allé de son avis sur la question.

Le grand âge du chef du Vatican, les scandales de tous ordres au sein de l’Eglise Catholique ou encore un syndrome d’imposture professionnelle, comme l’a suggéré Didier Houth, dans une contribution pour un quotidien français. Sur ce dernier aspect, Il est évident que succéder à un Jean Paul II charismatique, aux 29 années de carrières papales, a pu donner des complexes au 265ème pape. Benoit XVI, du poids de ses 85 années de vies, se sentait-il moins à la hauteur que son prédécesseur, au point d’avoir le sentiment de ne pas mériter la fonction qu’il exerçait depuis 2005 ? Enfin…Nous n’en n’avons pas fini de spéculer sur les raisons officieuses de ce départ anticipé ; et l’élection du successeur à la mi-mars ne fera qu’animer le débat.

Chacun retiendra ce qu’il voudra de cet homme, fait « demi-Dieu », qui refusa de porter un titre si lourd, préférant qu’on ne lui concède que sa simple humanité.

Benoit XVI, face au monde nous a donné une leçon : la reconnaissance du gouvernant de son inaptitude à diriger ! En effet, en raison de son âge trop avancé et surtout de ses capacités physiques qui s’amenuisent, Joseph Alois Ratzinger a jugé bon de céder sa place à quelqu’un de plus compétent.

Je ris en imaginant, pareille décision, venant d’un de nos chefs d’états gérontocratiques d’Afrique. Cela parait tellement incroyable, qu’une telle situation nous paraîtrait anormale. En effet, ce serait sot, de croire que nos « infaillibles vieillards » auraient à l’esprit, idée de laisser le pouvoir à plus compétent, ou du moins plus jeunes qu’eux, à moins de passer de vie à trépas.

Ratzinger ouvre une voie que beaucoup devraient emprunter. Il s’agit, en réalité pour chaque homme (ou femme) au pouvoir d’évaluer ses capacités en toute sincérité. Un maintien dans les responsabilités ne peut être remis en cause lorsque l’aptitude ne fait pas défaut. Dans le cas contraire, une démission des charges est souhaitable, pour le bien de tous. Encore faut-il de la volonté à s’auto-évaluer objectivement…

Mais Dieu sait que l’ère des règnes à vie est en déclin. On peut choisir de retirer dignement, dans l’intérêt du peuple. On n’en sort que grandi. Il ne reste plus que le temps, pour certains « vieux » du Continent de le comprendre…

En attendant, au revoir Pape Benoît XVI. Valete Pope Benedict XVI !

(Paru dans L’Intelligent d’Abidjan du 01/03/2013)