Lui

– Tu le savais! M’a t-il dit en me fixant sereinement.
– Tu savais où tu mettais les pieds en entamant cette relation avec moi. Je ne t’ai obligée à rien!

Je n’arrivais plus à refouler les larmes qui faisaient leur festival dans mes orbites. A ce moment précis, j’aurais tout donné pour bénéficier de l’enlèvement divin. Mais le miracle tardait à se produire. Je n’avais que ma douleur comme consolation.

Lui continuait de me jauger, scrutant mes gestes avec agacement.

Je l’aimais, mais je me devais de faire un choix.
Devenir sa maitresse ou retrouver ma liberté, volant seule de mes ailes meurtries?
Dans l’un ou l’autre cas, l’unique certitude que j’avais, c’était que je l’aimais.
Oui j’étais folle de Lui! Il le savait…

Et pourtant, ce n’était pas facile.
Dès le départ, d’ailleurs, rien n’avait été simple entre nous.
C’était comme si la lune et le soleil, avaient décidé que les éclipses pouvaient être quotidiens : utopie ! Comment s’aligner sur le même fuseau, quand tout concoure à nous maintenir dans des mondes parallèles?
Lui n’avait pas un métier de tout repos. Moi j’avais un cœur fragile.

Nous vivions notre relation, en décalage l’un de l’autre…

Mais j’aimais tout en Lui. Son intelligence, son humour, son sourire, sa franchise, son aura … Tout!

M’aimait-il Lui? Parfois j’en étais sûre, ça coulait de source. D’autres fois j’en doutais…

(…)
Cette scène, je l’avais imaginée à plusieurs reprises, sans savoir que je la vivrais si tôt.

Il avait raison: je le savais. Tout le monde le savait !

Elle l’avait soutenu dans les périodes de vaches maigres, en se sacrifiant corps et âme pour lui. Pendant ses 5 années de maladie, Elle avait épuisé tous les petits boulots qui pouvaient exister pour assurer leur pitance. Seul comptait pour Elle le bien-être de Lui.  Et Elle était son équilibre…

Même quand Lui, lui avait donné du fil à retordre, Elle avait su lui pardonner. Elle était la compréhension réincarnée.
Elle avait accepté, en ravalant sa fierté, tous les fruits issus des incartades de Lui.
Il avait de la chance, Lui. Il avait à ses côtés la femme idéale. Mais les hommes étant ce qu’ils sont, cela ne l’empêchait pas de butiner de temps en temps quelques jolies plantes sur son chemin. Mais elles ne comptaient pas. Elles restaient éphémères pour Lui qui s’en retournait toujours vers Elle.

C’était une évidence : on n’abandonne jamais ce type de femmes, celles qu’on appelle chez nous « femmes de galère »…  Celles qui ont tout supporté avec bravoure… Une de celles dont l’homme parle fièrement en disant : – je ne travaillais même pas quand on s’est rencontré, c’était dur de joindre les deux bouts, mais elle a toujours été là pour moi.

(…)

J’étais sans attache quand je me suis entichée de Lui. J’avais conscience qu’il n’était pas à moi, mais j’ai écouté mon traite de cœur me chanter les sérénades en faveur de Lui. Je n’ai pas résisté longtemps. Comment aurais-je pu ? Les foudres de l’amour avaient su où porter leurs coups.

Jusqu’à ce jour, j’ai vécu notre histoire, partagée entre l’envie de crier au monde que je l’aime et l’insécurité du coupable vivant en clandestinité.

Jusqu’à ce jour, j’ai supplié le bon Dieu de retarder cet instant fatidique où l’on sait que tout est perdu pour toujours.

Demain, Lui officialisera son amour pour Elle devant le maire.  Non pas parce que ça leur tient tant à cœur, mais juste pour faire bien. Eux savent qu’ils se sont toujours aimés. Ils n’ont jamais eu besoin du sacrément pour le savoir. Mais quand on a de si hautes responsabilités professionnelles, il faut apprendre à se plier aux normes. C’est la dure règle des apparences ! Lui a dû capituler…

Demain, il y aura du beau monde à la mairie. La fête sera grandiose. Je serai sûrement enfermée dans ma chambre entrain de purger les dernières larmes de mon corps.

Les médias se chargeront les jours à venir de creuser la plaie béante de mon cœur, en affichant sur toutes leurs Unes, la photo des tourtereaux enfin unis devant les hommes. La love story parfaite !

(…)

J’avoue avoir parfois nourri des espoirs vains à son égard. Si le grand Madiba avait remercié sa douce Winnie, c’est qu’aucun pilier amoureux n’était inébranlable…

Jusqu’à ce jour, j’utilisais le vide juridique existant, pour légitimer ma relation avec Lui : ayant une compagne ou non, moi j’étais amoureuse d’un célibataire.

 

A présent, les choses changent. Demain, Lui sera un homme marié.  J’ai toujours eu pour principe de ne pas avoir de relation avec un homme marié. Lui ne sera pas une exception. J’ai perdu la bataille. Ma lutte pour son cœur s’achève net !

 

(Nouvelle écrite le 30/03/2013)

 

Un cure-dent gouro, Une femme & deux maris…

LE CURE-DENT GOUROLe vendredi dernier, en parcourant les rayons de la Librairie Carrefour Siloé de Cocody Saint Jean, mon choix se porte sur deux bouquins d’auteurs que je ne connais pas.

Le titre du premier attise ma curiosité: « LE CURE-DENT « GOURO ». Ce recueil de nouvelles écrites par Germain Zamblé Bi, pourrait m’en dire plus sur la fameuse branche d’arbre dont les vertus aphrodisiaques sont clamées par beaucoup de nos hommes. La couverture est d’ailleurs très évocatrice… J’achète donc ces 190 pages réparties en 4 nouvelles.

UNE FEMME DEUX MARISLe second, je l’avais déjà vu en librairie, ça fait quelques mois que j’hésite à le prendre. Pour cause: je n’aime pas la littérature sentimentale, et en lisant les informations sur l’auteure je constate qu’elle n’a jusqu’alors publié que des romans de ce type dans la collection ADORAS.

Cependant, il est aussi mentionné qu’avec celui-ci de roman, elle fait son entrée dans la littérature générale. Le tire est trop tentant « UNE FEMME, DEUX MARIS ». Je veux savoir comment le thème de la polyandrie sera traité! Je me dis alors: tant pis si Fatou Fanny-Cissé me sert 243 pages d’eau de rose, ça me fera un peu de rêverie pour le weekend.

Samedi lecture: en moins de 24 heures j’achève les deux bouquins, qui assez bizarrement soulèvent, par moments, des situations ou problèmes similaires (excision, alliances de plaisanteries inter-ethniques, querelles pendant les funérailles, pauvreté, mysticisme, fétichisme, relations hommes-femmes etc…) et nous donnent beaucoup d’éclaircissement sur certains de nos us et coutumes (exemples: l’attribution des noms et prénoms chez le peuple Gouro; la présence d’un bouc dans les concessions des Malinkés).

Je suis tout de même choquée par un détail… Dans la nouvelle « Le cure-dent gouro« , Germain Zamblé Bi, attribue une pensée à son français de personnage principal, qui venait de rencontrer une fille du pays:

« …avoir une intellectuelle de cette envergure à ses côtés, une telle vénusté dans un pays où les têtes pensantes féminines se comptaient à peine, était une opportunité. » (pages 16-17).

Grrr! Qu’est-ce qu’il appelle « têtes pensantes qui se comptent à peine »? Les femmes de ce pays ont-elles en majorité des cerveaux vides??? Hum trop de préjugés! Monsieur Bonaventure, les femmes de ce pays ne se limitent pas aux jeunes filles de la pergola ou à celles que vous croisez dans les bars pour européens!

Ma conclusion: Malgré le p’tit bémol, j’ai beaucoup aimé l’écriture simple mais subtile des deux auteurs. Mais j’attribue un tableau d’honneur à Fatou Fanny-Cissé, pour avoir réussi à m’emporter dans son histoire. J’ai adoré détester Penda, l’héroïne sans scrupule! Même quand les scènes me semblaient prévisibles, au fil des pages, j’étais contente de ne pas me tromper sur la suite… Ah Penda!!! Comme un bon film, j’ai savouré chaque minute de cette lecture…

« Une femme, deux maris », rejoins donc les deux meilleurs romans ivoiriens (selon moi bien sûr) que j’ai lus durant ces 6 dernières années: « Même au paradis on pleure quelque fois » de Maurice Bandaman et « Et l’aube se Leva » de Fatou Kéïta.

JE RECOMMANDE DONC VIVEMENT LE DERNIER-NÉ DE FATOU FANNY-CISSE: un roman sans prise de tête, dont les enseignements vont bien au-delà de ce qui est écrit en quatrième de couverture…

A lire dans le wôrô wôrô, le bus, le gbaka, l’avion, à la plage, au champ, dans votre lit ou votre canapé, au marché, au salon de coiffure…où vous voulez!

FATOU FANNY-CISSE & GERMAIN ZAMBLE BIPrix unitaire: 3000 Fcfa.