Je suis Abidjanais, roi de l’insalubrité…

Je suis le campagnard que l’exode a projeté en ville. Ma case était toujours bien entretenue et mon village distillait de l’air sain. Les citadins m’ont appris d’autres codes. Ma poubelle sera à ciel ouvert.

Je suis le big boss d’une entreprise de la place.
Bien placé pour donner des ordres, mais dehors c’est moi qui fait désordre. Quand le besoin devient pressant, n’importe où dans la ville,  j’improvise un urinoir.

Je suis la go choco d’abobo ou des deux plateaux. Je suis toujours bien mise. Deux mois que j’ai des indiennes sur la tête, sans aucun shampooing pour les rafraîchir. Mon entourage a conclu que j’ai un problème d’odorat. Ça pue mais je ne sens rien.

Je suis l’honnête citoyen qui jette papier, mouchoirs, sachets d’eau et cannettes vides à travers les vitres de ma jolie voiture que je ne veux pas salir. Il y a bien des gens pour rattraper mes projectiles. A chacun de jouer son rôle!

Je suis la ménagère, qui faute de ramassages réguliers, abandonnent ses ordures à n’importe quel coin de rue ou les déverse dans le caniveau le plus proche. Mes enfants sont souvent malades, parce que les moustiques ici font bien leur travail.

Je suis la technicienne de surface engagée par la mairie. Chaque matin je participe à la comédie collective. Mon coup de balaie ne sert à rien d’autre qu’à justifier mon petit pain quotidien.

Je suis Abidjanais, roi de l’insalubrité.
Je pisse sur les murs et puis ça va pas quelque part. Les rues sont sales mais personne n’est responsable. Dans pays là c’est toujours comme ça! Hygiène là seulement ivoirien connaît pas!

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Voyage « Debout-payé » avec Gauz

Il y a des aventures, tout comme des lectures dont on ne sort pas indemne.
Il y a le style de Gauz, ses mots qui saisissent et en imposent.
Il y a Ossiri, symbole d’une immigration africaine, autour de qui tournent les 172 pages d’orfèvrerie que constitue le roman « Debout-payé ».

Debout-payé, c’est l’histoire commune à beaucoup d’africains et particulièrement d’ivoiriens partis se chercher à Bengué (en France). C’est la solution de facilité offerte à ces noirs, en situation pas toujours régulière, pour joindre les deux bouts. C’est un hommage aux molosses invisibles qui tiennent avec stoïcisme leurs postes de vigiles dans les différents temples de la consommation.

Alors, que pourrait-il bien se passer dans la tête de ces Black Men In Black durant leurs heures de travail?
Avant Gauz, avouons-le, tout le monde s’en fichait! Mais grâce à lui, nous nous rendons honteusement compte qu’un vigile peut en avoir dans le ciboulot. La claque! Une fois encore, la carapace ne détermine pas l’intérieur… On le sait pourtant, mais on l’oublie souvent.

Avec la virtuosité d’un chef d’orchestre philharmonique, Gauz nous dépeint ici la riche vie intérieure d’un vigile (futé) alimentée par ce monde extérieur qu’il est chaque jour obligé d’épier pour survivre…

Chacun se retrouve en lisant « Debout-payé ». On sourit de toutes les couleurs, au fil des douches froides, tièdes ou chaudes qu’on reçoit ligne après ligne.

La vie d’Ossiri, ses origines, son travail, les clients indifférents qu’il côtoie, ses amitiés, ses doutes, les autres africains dans leurs différences, la françafrique, les conséquences du 11 septembre… « Debout-payé » s’apparente à un assemblage de poupées russes…
On prend goût à la satire et on se surprend à découvrir et déguster avec avidité les mignardises que l’auteur s’est amusé à emboîter pour notre plus grand plaisir!

Parce que ce voyage littéraire vaut le coup, je vous recommande vivement ce premier roman de cet auteur que je considère comme l’un des meilleurs de son époque…

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Extraits :

« Chacun remplit sa demande d’emploi avec plus ou moins de concentration. Nom, prénom, sexe, date et lieu de naissance, situation matrimoniale, numéro de sécurité social, etc. Ce sera l’épreuve intellectuelle la plus exigeante de la matinée. Quelques uns regardent quand même sur la copie du voisin. Héritage des bancs de classes ou manque d’assurance. »

« AMY WINEHOUSE. Une femme est le sosie confondant d’Amy Winehouse. Au point que le vigile se demande si au lieu de tester les parfums sur sa peau, elle ne va pas plutôt les ouvrir pour les boire. »

« VACHERIE. Certes, il existe des niveaux un peu plus exigeants dans les métiers de la sécurité. Et vigile est à la sécurité ce que 《La vache qui rit》est au fromage. »

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Comme diraient les ivoiriens: Gauz là c’est pas l’homme, c’est génie!

« Debout-payé » de Gauz, édité par LE NOUVEL ATILA est disponible depuis le 28 août 2014.
17 € à Bengué.
13.900 FCFA à Babi.

Et si Jésus…

Loin de moi l’envie de blasphémer en ce jour du Seigneur (Chrétien), mais une préoccupation me vient souvent à l’esprit, que j’aimerais partager avec vous :

Si Jésus avait été originaire d’Afrique noire, les conséquences de sa venue sur terre auraient-elles été pareilles pour l’humanité?

Jésus noir africain aurait-il réussi à convaincre les uns et amener les autres à propager sa bonne parole de part le monde occidental et au-delà?

Souvent j’entends des chrétiens d’Afrique, cracher sur toutes les pratiques liées à leurs cultures ancestrales, soit-disant parce qu’ils ont donné leur vie à Jésus… Alléluia! Point besoin de faire de tri. De toute façon tout ce qui vient de nous est mauvais…

Tout acte « noir » est considéré comme venant des ténèbres.
Le christianisme, que les bons pères lyonnais nous ont inculquée à coups de fouet, est devenu roi des coeurs africains. Alléluia! L’amour passe souvent par le châtiment… La colonisation a sauvé nos âmes!!! Arrêtons donc d’être hypocrites et ne nous en plaignons plus!
Avant elle, nous nous abreuvions de la noirceur de nos péchés.
Depuis elle, nous sommes sauvés…ou presque! Nos âmes sont pures et aussi blanches que la neige qui ne tombera jamais sous nos tropiques. Alléluia!

C’est quand même aberrant tout ce radicalisme negro-africain autour de la religion chrétienne.
Je suis chrétienne, comme j’aurais pu me retrouver dans n’importe quelle croyance basée sur l’Amour.
Je crois en la puissance suprême à laquelle chacun attribue le nom qui lui convient…

Je ne crois pas au satanisme qu’on veut coller à tous les rites religieux de nos ancêtres.
Le Dieu Grand (« Gnamien Kpli » en langue agni) existait déjà dans la vie de nos aïeuls avant que la Bible ne vienne nous recadrer…

En offrande à Dieu, nos pères égorgeaient des coqs, comme d’autres immolaient de l’agneau. Où es le drame?

Le bien et le mal ont toujours existé, et, en Afrique comme ailleurs, avant et après Jésus, la problématique reste la même : Faire le meilleur choix spirituel. Accepter le bien et combattre le mal…

Certains de nos ancêtres ont adoré Dieu par d’autres canaux que la Bible, sans jamais faire le mal, sans sacrifier des humains et sans faire de liens avec des esprits maléfiques. Ceux-là, ainsi que les personnes qui continuent de suivre leur chemin, ne sont pas à blâmer…

Au fond, je pense avoir la réponse à ma question  de départ: si Jésus avait été africain noir, le christianisme n’aurait rien été d’autre qu’une pratique primitive créée par un affabulateur sorcier à qui personne n’aurait donné assez de crédit pour faire de sa parole évangile…

Un musée a été récemment inauguré dans le village de Bettie, en hommage à feu le philosophe-écrivain-bossoniste Jean-Marie Adiaffi. Les komians (féticheuses akans) présentes étaient aux anges! Normal…
Les bossons ce sont les fétiches. Le bosssonisme, la croyance en ces fétiches…
Je sais déjà que beaucoup d’hommes et femmes de culture ne mettront jamais les pieds dans ce musée.
Jésus a déjà racheté leurs péchés et leur intelligence avec… Ainsi soit-il!

Que la paix de DIEU soit avec vous…