IL FAUT RESSUSCITER LE THÉÂTRE IVOIRIEN

Dans les années 80-90, le théâtre avait le vent en poupe en Côte d’Ivoire. La comédie jouée par les professionnelles, faisait le bonheur de la population. Les diffusions sur la chaine de télévision nationale tous les jeudis soir de pièces de théâtre, françaises et ivoiriennes, avaient une grande audience ! Le jeu des Thérèse Taba, Adjé Daniel etc…, ne laissait personne indifférent. Tout ce naturel pour nous faire vivre des histoires passionnantes (parfois tristes, souvent heureuses), faisait présager de longs siècles de bonheur à ce théâtre ivoirien qui n’avait rien à envier à celui des occidentaux. Les doyens ont fait des émules. Beaucoup d’entre nous rêvaient de brûler les planches pour faire comme les anciens, qui ne cherchaient pas la gloire, leur but principal étant de transmettre des émotions fortes aux spectateurs.
Les acteurs vivaient d’art et d’eau fraîche.

A cette période, nul ne pouvait se douter que tout stagnerait un jour. Le théâtre brillait de mille feux ! Diallo Ticouaï Vincent, Souleymane Koli, Sidiki Bakaba, des noms de référence ! Les foules se ruaient dans les salles de cinéma pour voir Zoumana, Marie Louise Asseu et tous leurs autres compères… Ah que le théâtre était chic ! Il y en avait pour tous les goûts et tous les genres.

Puis vint l’heure de traverser le désert. Personne ne comprit comment cette sécheresse artistique arriva. L’humour de comptoir saisit la place vacante et s’imposa dans les cœurs des ivoiriens, plus facile, et surtout plus commercial. Désormais, faire du théâtre est devenu « vouloir faire rire à tout prix ». La Côte d’Ivoire a commencé à regorger d’humoristes de tous degrés et toutes qualités. Il faut dire que les ingrédients étaient réunis pour accueillir à bras ouvert le « nouveau théâtre » : la crise ! Pour égailler les cœurs, quoi de plus approprié que d’écouter des sketchs sans prises de tête, parfois sans têtes ni queues, qui font rire à la seconde et qu’on oublie à la minute. De l’humour jetable, à consommer sans modération. Il y en a profusion !

Quelle a été le rôle du ministère de la culture dans la décadence du théâtre ivoirien ? L’on ne saurait le dire. Mais le constat est que la plupart des acteurs adulés par le passé, ne sont que des loques ambulantes qui tentent de conserver leur dignité et luttent de leur dernier souffle pour redorer leur blason. Pas facile, quand la société actuelle est peu réceptive… On coupe et on décale devant ce théâtre qui se voudrait d’élite, un peu trop recherché à notre goût.

La vérité est là : le théâtre ivoirien, le vrai est mort. Il attend sa résurrection qui, malheureusement, se fait trop attendre.

Combien d’abidjanais savent que depuis le 27 mars 2013, la journée mondiale du théâtre, est célébrée et ce, jusqu’au 06 avril 2013 à l’hôtel de la culture de Cocody? En effet, à l’initiative de M. Diallo Ticouaï Vincent, plusieurs représentations ont été proposées. Même si le public n’était pas nombreux au rendez-vous, « La Tour de contrôle » et « Profession ménagère » ont été magnifiquement interprétés par les piliers du théâtre ivoirien les 03 et 04 avril.

Ce soir à 19h30, « L’impossible voisinage » sera au menu. Que ceux qui ont à cœur de sauver ce qu’il nous reste du théâtre, se rendent à l’hôtel de la culture pour contribuer à leur manière au miracle. Aucun risque d’être déçu.
Cette messe du théâtre s’achèvera par une grande nuit de distinction des comédiens et compagnies d’Art dramatique le samedi 06 avril 2013 à 19h.

Il faut ressusciter le théâtre ivoirien.
Aidons les acteurs à y croire !

(Paru dans l’Intelligent d’Abidjan du 05/04/13)

Adrienne Koutouan, Marie Louise Asseu, Gueï Thérèse, Maï la bombe, Wabehi

Adrienne Koutouan, Marie Louise Asseu, Gueï Thérèse, Maï la bombe, Wabehi

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