Africains, qui sommes-nous face aux drames du monde?

Vendredi 13 novembre 2015, la France ressent à petites doses les douleurs du nine-one-one vécu par les frères d’Amérique 14 ans plus tôt…

Depuis Al Quaida, le terrorisme en a fait du chemin. Exit Ben Laden, Akwaba Boko Haram, Viva Daech et leurs nouvelles têtes « mal pensantes ». Le monde n’est pas sorti de l’auberge. L’enfer a rejoint la terre.

De tous les coins du globe, la nouvelle ère se veut terroriste. Des tours réduites à ground zero, des feux d’artifices humains en plein vols planés, des jeunes filles victimes de rapts au nom de l’extrémisme, des étudiants sacrifiés au bûcher de l’inhumanité, des kamikazés en tous genres prêts au suicide en l’honneur de causes aux noblesses douteuses. L’horreur partout, la terreur en nous.

En janvier 2015, le drame de Charlie Hebdo, avait fait conjuguer à la planète entière, le verbe « être » en sa première personne du présent de l’indicatif. Il n’est plus besoin de penser pour être. Au moindre bobo, en guise de soutien, il suffit désormais de scander les deux mots de ralliement « Je Suis » suivi de ce pourquoi nous voulons être.

Je Suis Charlie, Je Suis Kenya, Je Suis Abobo, Je Suis Paris, Je Suis Nigeria, Je suis Pacha (mon chien qu’un chauffard lyonnais a précipité au paradis canin)…ou encore: Je Suis Que Dale!

Quand le Nord brûle, le Sud reçoit les cendres et s’échauffe au même titre. Mais dans le sens inverse le retour n’est jamais  pareil.

Qui sommes-nous donc africains face aux drames de l’autre monde?

Les événements de Paris ont montré une fois encore que nous demeurons divisés quand il s’agit de compassion à exprimer à l’occident. Il faut dire qu’on en a de toutes les catégories: les désolés sincères, les yayibonistes zélés (pléonasme), les « on fait rien avec l’occident puisqu’ils ne font rien avec nous », les touchés mais discrets, les spectateurs hilares de tout ce cirque et ceux qui s’inquiètent de ce qui ne tourne pas rond dans toutes les têtes extrémistes du monde.

La politique dans le monde est à gerber, on le sait. Celle de l’occident envers l’Afrique est enrobée d’un faux altruisme dont personne n’est dupe. Mais un enfant au Mali et un enfant en France ont le même taux d’humanité qu’un enfant en Afghanistan ou un autre en Syrie, en Inde ou au Canada. Un humain innocent quelque soit sa localisation dans le monde mérite donc notre yako quand il souffre, juste par preuve d’humanité. Et comme j’aime le dire:

Ton voisin ne peut pas pleurer plus que toi aux funérailles de ton père, à moins qu’il ne soit en réalité ton frère adultérin .

Pour nous qui sommes africains et fiers de l’être, il est nécessaire de ne pas nous tromper de combat. Il nous appartient à nous seuls de nous donner de la valeur, cette réelle importance que l’occident ne nous accorde pas toujours. Il ne nous est point indispensable de nous entre-déchirer à coup de hashtags insensés pour qui pleure plus fort alors que son frère n’est pas touché; qui marche tête haute et mouchoir en main en l’honneur de victimes d’un acte abject qui s’est déroulé à des milliers de kilomètres alors qu’à quelques mètres ça crève aussi en pagaille; qui est plus sensible aux bombes qui éclatent dans les villes du voisin proche…  N’ayons pas la compassion sélective comme la plupart de nos dirigeants (même si la connerie a aussi ses raisons que la raison ignore).

Au delà des blablatages sans fin, la seule chose dont nous devons prendre conscience c’est que le terrorisme nous concerne tous! Kenya, Liban, Lagos, Paris, Abidjan le trajet n’est pas aussi long qu’on le pense. Agissons donc de telle sorte que ce mal ne progresse pas. Alertons, informons-nous, prenons des mesures sécuritaires, libérons-nous de nos chaînes mentales, prions pour les uns et les autres et laissons les politiciens du monde à leurs besognes pas toujours claires. L’amour finira par prendre le dessus sur la haine…

Et qu’on le veuille ou pas, sur cette terre, nous sommes tous unis par l’oxygène qui nous maintient en vie. #NousSommesTousHumains

Que les voix de ces enfants nigerians résonnent dans nos coeurs et que Dieu fasse de nous des instruments de sa paix…

1,2,3 BRUTAL!

Il fallait oser. Eux l’ont fait! Rassembler des centaines de personnes autour d’un recueil de poèmes ici à Abidjan!!! Il faut être ivoirien ou vivre dans notre pays pour comprendre l’exploit. Nous étions le 15 août 2015, jour de la première dédicace. Deux autres ont suivi et également rencontré un franc succès… 1, 2, 3 Brutal!

La recette d’Eugenio, Guy, Laskazas, NoOne, P.A. et Stéphane, pour obtenir l’adhésion du plus grand nombre?

Utiliser leurs plumes talentueuses pour rendre la poésie tant accessible que profonde. Sortir des sentiers trop hermétiques, chers à certains poètes, tout en donnant de la consistance à chacun de leurs mots.

La bande Des Mots Des Images a trouvé la formule magique pour emballer le lecteur, en l’entraînant à leur guise du poème heureux au thème le plus douloureux. Loin de servir de la guimauve, au fil des pages, les 6 DMDI nous sourient, nous choquent, nous secouent, parlent à nos coeurs, nous attirent les larmes, nous font passer par toutes les émotions et en définitive ne nous laissent jamais indifferents…

Le guide est mort, comme un chien

Broyé par les rats et leurs suppôts

Sur qui il crachait sa rage, tantôt

S’il ne plantait sa tente dans leurs jardins… (p.32)

Passer un moment à lire ce recueil de poèmes revient à faire un tour en montagnes russes. La puissance de l’attraction, on la ressent à chaque poème. Lorsqu’un texte semble ralentir la cadence, très vite les secousses prennent le relais à travers des mots plus virulents. Le lecteur est ébahi, complètement sonné! L’exquise de la page 78 lui a même tendu son mouchoir… Pourtant en fin de parcours, le temps de reprendre son souffle qu’il en redemande!

Brutal OUI, mais tellement booonnn!

Brutal, Des mots des images

Commander Brutal ICI ( pour la Côte d’Ivoire) ou chez Edilivre (pour la France).

 

« Dieu est quitter en Afrique »

Gbaka d'Abidjan

Parole de Gbakaman!

Avec la multitude d’événements malheureux qui ne cessent de secouer le Continent, le proprio de ce gbaka* a tiré sa conclusion : « Dieu est quitter en Afrique! », non pas pour dire qu’il soit originaire d’Afrique, mais plutôt pour affirmer que Dieu a bel et bien beou* de nos terres!

Espérons toutefois que le Très-Haut science* un peu sur notre cas et revienne au moins réparer les petites erreurs liées à nos participes passés… Dans tous les cas le retard n’a jamais empêché le bonheur. En Afrique nous sommes patients!

Vocabulaire

Gbaka : mini car

Beou (verbe nouchi) : Fuir, Partir, Quitter…

Sciencer (verbe nouchi) : Réfléchir

Les chaînes alimentaires africaines

Manger et être mangé à son tour, tel était le slogan que nous clamions à l’école primaire lorsque maîtres et maîtresses nous demandaient : qu’est-ce que la chaîne alimentaire?

A l’appui d’un schéma, qui représentait une suite d’animaux donnant l’impression de faire une ronde joyeuse autour d’un monde dans lequel les plus faibles se faisaient bouffer par les coriaces carnivores, nos enseignants nous expliquaient que pour une question d’équilibre de l’écosystème tous les êtres vivants ne pouvaient pas se permettre d’être uniquement végétaliens ou bactériophiles. Sorry Brigitte Bardot; ce n’est juste qu’une loi naturelle qui fait que dans le prolongement nous humains sommes obligés de bouffer du lion pour survivre…

Dans ma chère Afrique, nous appliquons à merveille le principe des chaînes alimentaires. Mais nos chaînes ont généralement pour but de déséquilibrer le système en place, peu important qu’il soit favorable au peuple ou totalement défaillant. Nous avons constamment faim et soif de pouvoir, ce qui fait que nous sommes souvent prêts au pire pour arriver à nos fins. Hélas, rares sont les fois où les populations en profitent. Chez nous on bâillonne, on enchaîne dans le but de se goinfrer par petits noyaux pendant que les peuples payent les pots cassés! Coups d’états, rébellions, prises d’otages, enlèvements, assassinats, dictatures de genres nouveaux etc. Quand les plus forts fabriquent des vulgaires anneaux non pas pour resserrer les liens de solidarité entre les hommes, mais plutôt pour étouffer les faibles (en armes surtout) et réduire totalement leur liberté. Tant que les voraces bouffent pépères, tout roule pour l’Afrique! Ressources naturelles, caisses d’états, serrons les chaînes des uns jusqu’à sang et délectons-nous du breuvage!

Tout ceci me fait penser à l’affiche publicitaire sur le dernier festival des grillades d’Abidjan, que personnellement j’ai trouvé de mauvais goût… Un Roi Poulet sans tête tient fièrement une broche au bout duquel se trouve un gros morceau de poisson. En face du Roi, une fourchette qui semble l’indexer pour lui faire comprendre que malgré sa fausse allure altière et son épée, il passera bien vite à la casserole!

A Abidjan le poulet est Roi!

A Abidjan le poulet est Roi!

Le sort finit toujours par s’abattre sur les chers cacous africains en armes, rapaces de grands chemins, peu enclins aux échanges d’idées pour réparer le vieux berceau et encore moins préoccupés par la stabilité générale…

La loi du plus fort est toujours la meilleure disait la fable. Mais qu’advient-il quand le plus fort se trouve être le plus con?

God Save Africa!

9 mois de silence…

9 mois de silence. J’en avais besoin… Une légère secousse dans ma vie a suffit pour mettre en panne ce qui me restait d’inspiration…

9 mois pour panser certaines plaies, pour arriver à me détacher des choses qui n’en valent pas la peine, pour accepter enfin mes petits chemins de croix…

9 mois paradoxalement très fructueux qui ont permis de faire germer en moi, à défaut de bébé, de jolis projets que je me ferai un plaisir de partager avec vous… SI ÇA VOUS DIT BIEN SÛR!

Famchocolat by GK Photographies

Famchocolat by GK Photographies

20 ans d’ironie…

J’ai envie de vous parler du goût amer qui me colle au palais depuis 20 ans; et que j’essaie de cracher le plus souvent par des bons gros mollards remplis d’ironie…

C’est l’histoire du pourquoi je vois la vie autrement…

18 novembre 1994… Ça fait 10 jours que la douleur a pris le dessus sur tout dans ma vie. 10 jours que mes grands yeux déversent sans cesse des flots de larmes… 10 jours de désespérance, d’incompréhension des fameuses voies divines, de désarroi…

Merde quoi!!!! Ça fait 10 jours que mon père est mort!
Une grosse gifle à réveiller un comateux! Eh merde! Mon père pourtant n’a pas daigné se réveiller de ce coma qui lui semblait plus apaisant…

18 novembre 1994 Petite veillée funèbre en hommage à mon père. À la cool sous les bâches, chorale, parents hypocrites, ceux un peu plus sincères, amis, « ennemis », curieux: toute la populace qu’on peut trouver lors de funérailles…

18 novembre 1994… La veillée n’a même pas commencé qu’un autre vent malheureux souffle sur la foule: LE PÈRE DU DÉFUNT VIENT DE NOUS QUITTER!!!
La nouvelle me paraît presque drôle: Ah l’ironie du sort! Veillée annulée! Va falloir jouer pleur compte double là… Père et grand-père, la bonne paire pour rejoindre les cieux….

8 novembre 1994… Sortie du lycée. C’est bizarre… Depuis des mois que nous nous connaissons et que nous cheminons chaque soir ensemble, je viens à peine de réaliser que dans ce groupe de 4 filles, je suis la seule qui a encore le père en vie… Les autres me racontent leurs différentes expériences. Je suis désolée pour elles. Je compatis. Je remercie Dieu d’avoir encore le mien, même si son état actuel est assez critique… Je rigole avec les copines puis chacune rentre chez elle…
Devant la maison, j’ai une sensation étrange… Il y a des jours comme ça où tout nous prépare sans qu’on ne le sache… Le ciel n’a pas sa couleur ordinaire, les bruits sont différents…

A peine ai-je mis pieds dans la maison que je suis emportée par des cris. Effondrée au sol, ma soeur aînée me lance: PAPA EST PARTI!!
Putain il nous a fait ça???

Ça fait 20 ans que j’ironise sur tout, pour ne pas flancher, pour oublier les côtés sordides de la vie…

Je mentirais si je disais que la douleur liée à ces departs s’est estompée…
Mais bon, en espérant que le père et le fils soient devenus esprits saints, je prends la vie comme elle vient en me disant que tout compte fait on crève tous! Mieux vaux en rire…

20 ans d’ironie ça se fête! Tchin tchin…

Je suis Abidjanais, roi de l’insalubrité…

Je suis le campagnard que l’exode a projeté en ville. Ma case était toujours bien entretenue et mon village distillait de l’air sain. Les citadins m’ont appris d’autres codes. Ma poubelle sera à ciel ouvert.

Je suis le big boss d’une entreprise de la place.
Bien placé pour donner des ordres, mais dehors c’est moi qui fait désordre. Quand le besoin devient pressant, n’importe où dans la ville,  j’improvise un urinoir.

Je suis la go choco d’abobo ou des deux plateaux. Je suis toujours bien mise. Deux mois que j’ai des indiennes sur la tête, sans aucun shampooing pour les rafraîchir. Mon entourage a conclu que j’ai un problème d’odorat. Ça pue mais je ne sens rien.

Je suis l’honnête citoyen qui jette papier, mouchoirs, sachets d’eau et cannettes vides à travers les vitres de ma jolie voiture que je ne veux pas salir. Il y a bien des gens pour rattraper mes projectiles. A chacun de jouer son rôle!

Je suis la ménagère, qui faute de ramassages réguliers, abandonnent ses ordures à n’importe quel coin de rue ou les déverse dans le caniveau le plus proche. Mes enfants sont souvent malades, parce que les moustiques ici font bien leur travail.

Je suis la technicienne de surface engagée par la mairie. Chaque matin je participe à la comédie collective. Mon coup de balaie ne sert à rien d’autre qu’à justifier mon petit pain quotidien.

Je suis Abidjanais, roi de l’insalubrité.
Je pisse sur les murs et puis ça va pas quelque part. Les rues sont sales mais personne n’est responsable. Dans pays là c’est toujours comme ça! Hygiène là seulement ivoirien connaît pas!

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Voyage « Debout-payé » avec Gauz

Il y a des aventures, tout comme des lectures dont on ne sort pas indemne.
Il y a le style de Gauz, ses mots qui saisissent et en imposent.
Il y a Ossiri, symbole d’une immigration africaine, autour de qui tournent les 172 pages d’orfèvrerie que constitue le roman « Debout-payé ».

Debout-payé, c’est l’histoire commune à beaucoup d’africains et particulièrement d’ivoiriens partis se chercher à Bengué (en France). C’est la solution de facilité offerte à ces noirs, en situation pas toujours régulière, pour joindre les deux bouts. C’est un hommage aux molosses invisibles qui tiennent avec stoïcisme leurs postes de vigiles dans les différents temples de la consommation.

Alors, que pourrait-il bien se passer dans la tête de ces Black Men In Black durant leurs heures de travail?
Avant Gauz, avouons-le, tout le monde s’en fichait! Mais grâce à lui, nous nous rendons honteusement compte qu’un vigile peut en avoir dans le ciboulot. La claque! Une fois encore, la carapace ne détermine pas l’intérieur… On le sait pourtant, mais on l’oublie souvent.

Avec la virtuosité d’un chef d’orchestre philharmonique, Gauz nous dépeint ici la riche vie intérieure d’un vigile (futé) alimentée par ce monde extérieur qu’il est chaque jour obligé d’épier pour survivre…

Chacun se retrouve en lisant « Debout-payé ». On sourit de toutes les couleurs, au fil des douches froides, tièdes ou chaudes qu’on reçoit ligne après ligne.

La vie d’Ossiri, ses origines, son travail, les clients indifférents qu’il côtoie, ses amitiés, ses doutes, les autres africains dans leurs différences, la françafrique, les conséquences du 11 septembre… « Debout-payé » s’apparente à un assemblage de poupées russes…
On prend goût à la satire et on se surprend à découvrir et déguster avec avidité les mignardises que l’auteur s’est amusé à emboîter pour notre plus grand plaisir!

Parce que ce voyage littéraire vaut le coup, je vous recommande vivement ce premier roman de cet auteur que je considère comme l’un des meilleurs de son époque…

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Extraits :

« Chacun remplit sa demande d’emploi avec plus ou moins de concentration. Nom, prénom, sexe, date et lieu de naissance, situation matrimoniale, numéro de sécurité social, etc. Ce sera l’épreuve intellectuelle la plus exigeante de la matinée. Quelques uns regardent quand même sur la copie du voisin. Héritage des bancs de classes ou manque d’assurance. »

« AMY WINEHOUSE. Une femme est le sosie confondant d’Amy Winehouse. Au point que le vigile se demande si au lieu de tester les parfums sur sa peau, elle ne va pas plutôt les ouvrir pour les boire. »

« VACHERIE. Certes, il existe des niveaux un peu plus exigeants dans les métiers de la sécurité. Et vigile est à la sécurité ce que 《La vache qui rit》est au fromage. »

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Comme diraient les ivoiriens: Gauz là c’est pas l’homme, c’est génie!

« Debout-payé » de Gauz, édité par LE NOUVEL ATILA est disponible depuis le 28 août 2014.
17 € à Bengué.
13.900 FCFA à Babi.