Les geeks d’Abidjan en mode fashion

Samedi 12 avril 2014, 19h restaurant Solarino, Abidjan II plateaux 7ème tranche.
À l’entrée, un défilé de jeunes hommes et femmes aussi classes les uns que les autres.
Ils sont tous là pour la Fashion Geek organisée par DIABY MOHAMED, proprio de la start-up SOCIAL.CI , en partenariat avec Orange Côte d’Ivoire.

Fashion et Geek?
En rassemblant la communauté 2.0 d’Abidjan autour de ce thème, les organisateurs ont brillamment démontré que les deux qualificatifs pouvaient être aisément compatibles.

Ambiance chic mais détendue, prestations musicales, défilé de mode (avec l’accessoiriste SAMARA et le styliste JAM), dîner, intermèdes jeux du sponsor: la soirée fut une réussite!
Nous avons même eu droit à une improvisation piano-voix du journaliste-blogueur Israël Guebo et à une interprétation audacieuse de « sous le vent, avec la très populaire Nnenna Nwakanma dans le rôle de Céline! Fallait y être pour l’entendre!!!

Minuit était passé mais nos carrosses n’avaient pas encore pris leurs apparences de citrouilles…  Les pas de danses se faisaient plus techniques (Édith Brou et Fleure N’Doua peuvent l’attester), les rires plus joyeux et les conversations de plus en plus bon enfant…Pourtant il fallut se résoudre à partir…

Cette Fashion Geek a particulièrement été pour moi l’occasion de mettre un visage sur les noms de certains amis jusque là virtuels.

Malgré un léger bémol (Macmady, la Reine des Nappys de Babi, me comprendra) je quittai les lieux très satisfaite de l’organisation générale.

Merci encore à Diaby Mohamed et mention spéciale à tous les acteurs dans l’ombre (@KadijaDoumbia, @Marck_Andyy les autres) et à Olivier Depekine, super animateur d’un soir.

Fashion Geek 2? Des chances que j’y participe.

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COUP DE FOUDRE DANS LE GBAKA

J’avais la tête ailleurs lorsque les autres passagers prirent place à mes côtés. Nous étions à l’arrière du gbaka, deux trios coincés dans un face à face forcé.

L’intérieur de l’engin faisait peur. Hormis le parebrise, il n’y avait plus aucune vitre. Système D obligeant, les chères absentes avaient été remplacées par des grands sacs en plastique.

Entre nous, que pouvait-on espérer d’un gbaka à Abidjan ? Chacun d’eux rivalisait d’ingéniosité pour rendre le trajet de leurs passagers, le plus inconfortable et périlleux possible. C’était auquel serait dans l’état le plus piteux…

Mon esprit se cherchait encore dans le plastique troué, quand je compris que le gbaka n’allait pas tarder à prendre la route. Je me redressai en hâte pour éviter d’être déstabilisée par les secousses.

Et c’est là que je l’aperçus… Étrange sensation, petit boum dans le cœur ! Je le scrutai discrètement. Il avait les traits fins, des dents régulières et blanches, un joli teint noir. Son sourire enfantin donnait de l’éclat aux deux petites billes qu’il avait dans les yeux.

Malgré son t-shirt tacheté de cambouis, il dégageait ce quelque chose en plus qui rend certaines personnes irrésistibles. A un moment, il tourna la tête vers l’extérieur. Je remarquai son profil de pharaon. Il avait vraiment tout en bonne place le mécano. Son aspect le trahissait. On devinait très vite son métier… Il avait pourtant les doigts fins et propres. Dans sa main, trois téléphones, mais aucun smartphone. Je souris en coin en pensant aux conversations que nous n’aurions jamais sur Facebook, Twitter, Whatsapp ou Skype…

Un petit nettoyage du sujet et une mise à jour rapide réussiraient peut-être à le rendre plus à mon goût…  Ah ses lèvres fines ! Elles suscitaient curiosité et appelaient à la gourmandise… Quelles nouvelles saveurs pouvaient-elles me faire découvrir ? Seraient-elles capables de faire oublier aux miennes, la douceur de celles de l’Autre ? Mon Autre, celui que j’aimais le plus au monde, mais qui infligeait les pires peines à mon cœur… Et si ce mec en face parvenait à lui faire de l’ombre ? Je chassai très vite cette idée saugrenue !

Mais qu’est-ce qui me dérangeait au juste ? Qu’il soit mécano ? Que je ne sois pas disposée à faire un remake de la belle et la bête avec lui ? Non !!!  Je n’avais pas pour habitude de juger sur les apparences. Toutefois, le lieu était trop insolite pour tomber si vite amoureuse. L’histoire aurait été un navet à Hollywood. Un titre comme « coup de foudre dans le gbaka », sonnait mal ! Trop nase !

Mon amoureux du jour me fit négliger, pour une fois, la conduite approximative du chauffeur…

Il portait un bracelet doré sur lequel était gravé en majuscule : BOSS. Waouh moi madame Boss ? Personne autour de moi ne pouvait deviner les éclats de rire intérieurs que cachait mon air glacial. Mme Boss hein ! Pas intérêt à nommer notre premier gosse Hugo ! Il pourrait en souffrir toute sa vie…

Le charme se brisa quand le téléphone de mon cher Boss sonna. Son grin de voix était normal, mais son français !!!!!! Pourquoi m’avait-il fait ça ? Pourquoi ne pas avoir privilégier un bon dialogue dans la langue de son terroir pour maintenir ma passion naissante aussi ardente qu’en début de trajet ? Malheureusement sa bouche fécondait plus de nouchi que de Larousse. Dommage…

L’expression de mon visage n’avait pas changé. Mais tout au fond de moi, je pleurais presque la triste fin de cette idylle qui n’avait même pas encore débuté… Le coup de massue m’acheva juste après, lorsque mon Boss, arrivé à destination, se leva pour m’abandonner à mon sort dans le gbaka. Je n’avais pas remarqué qu’il était de si petite taille !!!

Je croyais ma douleur à son paroxysme lorsqu’à travers la fenêtre plastifiée, j’aperçus le petit homme et sa démarche de paysan qui finirent par me ramener à la triste réalité. Je pouvais tolérer que nous ne soyons pas des mêmes milieux, mais je ne supporterais jamais qu’ils soient à mille lieux de mes normes minimales !

GBAKA

 

Note: Ceci est un exercice perso. Emprunter un gbaka (mini-car) et imaginer n’importe qu’elle histoire en m’inspirant des passagers. Vu la tronche qu’il faisait, je suis sûre que mon voisin de droite se demandait ce que je pouvais bien être entrain d’écrire dans ce carnet…

Ma vie de rat à l’allocodrome de cocody

Mon nom c’est Jeannot Lerat. Je vis à cocody, l’un des quartiers les plus chic d’Abidjan… C’est ce que les humains disent, parce que personnellement je ne vois pas sur quoi ils se basent pour se donner cette classification 5 étoiles.

Chaque jour que Dieu fait, les gens auto-proclamés « chocos » (= in, branchés etc…) accourent dans ma maison pour troubler ma quiétude et celle de ma famille. Mais comme nous ne sommes pas compliqués et que nous préférons la paix à la guerre, nous avons établi un système de cohabitation qui semble bien arranger ces humains: chacun fait comme s’il ne voit pas son camarade et la vie continue…

Nous vivons bien dans ces conditions. Ce que les humains appellent insalubrité équivaut à une aubaine pour nous… Mais à la vérité, entre eux et nous qui est sale???

Parfois je fais des cauchemars dans lesquels ils ont la mauvaise idée de dératiser totalement le site! Je ne vous dis pas comment mes poils se hérissent alors…. Mais Dieu merci, jusqu’à présent, personne ne cherche à me déloger. Quand ils disent qu’il y a un Dieu pour tous, ces humains pensent qu’ils sont seuls dans le lot! Que nenni, nous sommes aussi les créatures de Dieu..

J’espère donc couler mes vieux jours paisiblement dans cette maison que ces humains appellent « ALLOCODROME DE COCODY« .

J’ai appris qu’ils sont tellement fière de ma piaule, que dès qu’ils y sont, ils le mentionnent sur les réseaux sociaux… Sur Twitter, Facebook, Foursquare, Instagram on peut lire les « I am @t allocodrome de cocody with tous mes amis cool de babi ». Ils prennent les photos des copieux plats qu’ils viennent engloutir et les postent sur leurs profils…Mais comme ils sont ingrats, jamais aucun d’entre eux n’a daigné m’exhiber fièrement là bas hein!!

Or connaisseur connait! Nous on sait que c’est dans la saleté qu’ils se nourrissent…au même titre que nous!

A ce soir les amis a mi casa, comme d’hab…

BARRAGES OU BRAQUAGES ?

Depuis quelques jours, les abidjanais ont constaté avec « satisfaction » la disparition effective des barrages anarchiques dans nos artères. Ouf de soulagement pour les automobilistes ! Fini les rackets. Chacun pourra enfin épargner sa petite monnaie et ses pauvres billets pour faire autre chose que payer le café et l’eau de la plupart des corps habillés pas toujours honnêtes et plutôt spécialistes quand il s’agit de faire la manche !

Dieu merci, nos dirigeants ont compris que, pour que nous puissions, à nouveau, nous sentir libres dans la capitale, il devenait impératif d’alléger le dispositif militaro-policier auquel nous étions tous contraints de nous soumettre. Nous sommes dans la joie, une joie immense ! Nous sommes dans l’allégresse, car nous sommes libérés de ces hommes en armes…

Mais en réalité, l’apaisement est-il total? Pas tant que ça ! Comme par enchantement,  les braquages, agressions  et meurtres se multiplient de jours en jours. Flippant !

Que penser de tout cela ? Avec la fin des barrages anarchiques, comment éviter les braquages incessants ?

Les abidjanais étaient fatigués des barrages. Ce n’est pas pour autant qu’ils souhaitent se faire braquer à chaque coin de rue déserte. Dans cette situation, comment trouver la solution ? A ce rythme, on regrettera bientôt nos gentils mendiants en uniformes dont la présence, garantissait un minimum de sécurité.

Certains ex-braqueurs qui voulaient s’assagir en rentrant dans les rangs militaro-policiers auraient-ils été trop frustrés de l’arrêt de leurs missions lucratives sur les routes et décidé par ailleurs qu’il serait préférable de reprendre les activités du passé ? C’est une question que beaucoup de personnes commencent à se poser…  Parce qu’étrangement le sentiment d’insécurité ne fait que grimper dans nos cœurs.

Pourtant, nous avons été informés à grands coups médiatiques de la mise en place du Centre de Commandement et de Décisions Opérationnelles (CCDO). Quel est le véritable rôle de cet organisme que nous regardons tous du coin de l’œil? Qui, à Abidjan, pourrait croire qu’avec seulement des caméras de surveillance, nos pompiers, agents de polices, gendarmes etc… interviendraient plus rapidement et plus efficacement ? Pour le moment dans la ville, on voit nos CCDO sillonner dans des pick-ups, des casques militaires sur les têtes. Mais avec tous les faits-divers macabres qu’on détaille chaque jour, nous n’avons pas encore appris qu’une intervention du nouveau commando d’élite a été réussie. Quand vont-ils intervenir ? Surtout, que personne ne dise qu’il est trop tôt pour faire un bilan. Dans nos rues, il n’y a plus d’heure pour se faire agresser ou  être abattu. Plusieurs personnalités et anonymes en ont fait les frais…

Nous nous en remettons donc, une énième fois, à nos Autorités, pour qu’elles nous trouvent de vraies solutions. La sécurité de la population est en jeu. En clair : nous avons peur !

Les barrages doivent-ils fonctionner à nouveau ? Les séances de braquages sont-elles une manière de montrer à la population qu’elle a eu tort de décrier cette disposition sécuritaire ? Il ne s’agit pas de créer une quelconque polémique, mais plutôt d’interpeller nos dirigeants sur l’atmosphère qui prévaut actuellement dans nos rues.

Une chose est sûre, si nous n’avons aucune autre alternative, entre barrages et braquages, on choisira toujours les moindres maux… Comme le dit l’adage ivoirien « On ne doit pas quitter dans fourmi pour aller dans mangnan ! »

 

(Paru dans L’Intelligent d’Abidjan du 22/03/2013)

A CHACUN SON BUSINESS

Vu ce matin:

« Moi je suis un sourd-muet.
Je vais chercher où se trouvent les cartes d’identités et pièces perdues.
Je n’ai pas volé.

PRIX DES PIÈCES TROUVÉES
Carte d’identité (Nouvelle): 2000F
Carte d’identité (Ancienne): 1000F
Permis de conduire: 5000F
Carte professionnelle: 500F

Prix de la recherche: 100F »

Je suis restée muette devant cet étal insolite…
C’est clair, il n’y a pas de « sous-metiers »… Il y a aussi des « sourd-metiers »
A chacun son business dans pays là…

TOUT SE VEND, TOUT S’ACHÈTE…

SOLUTIONS PROVISOIRES

Le début de cette semaine a été marqué par un fait non négligeable : le déguerpissement des taxis et « wôrô wôrô », qui depuis des années, avait établi leur gare sur le site du très connu « Lavage » de Yopougon. Sans grande surprise, cette action a causé le mécontentement des chauffeurs, syndicats et usagers lésés.

Il faut admettre que l’implantation de cette gare anarchique arrangeait tout le monde. La jonction idéale pour accéder à toutes les autres communes de la ville….

Mais comment faire lorsqu’aucune disposition n’est réellement prise, pour la gestion des transports en commun ? En fait de règlementation, nous nous accommodons de pseudos règles de syndicats pas toujours reconnus et de percepteurs nerveux, nullement déclarés, et par conséquent pas habilités à agir officiellement.

Dès lors, l’argent que devrait percevoir l’état, à travers les taxes légales, s’envole, réparti dans le circuit informel.

Bref, ceci est un problème qui n’a pas encore trouvé solution… Peut-être parce que tout le monde y gagne…  Bien évidemment, je dis ça, je ne dis rien ! Toutefois, je voudrais particulièrement me pencher sur la délocalisation de cette fameuse gare du « Lavage ».

Pas besoin d’être un génie pour savoir que dans quelques jours, un autre site sera occupé dans la commune de Yopougon, et cela, pas forcément légalement. Une nouvelle organisation sera mise en place pour satisfaire les usagers à la recherche de nouveaux repères. Les moyens de transports publics  étant insuffisants pour drainer le flux de personnes sans véhicules personnels, qui se déplacent chaque jour dans la ville, le réseau intermédiaire convient à tout le monde…

L’Etat prend des dispositions, mais souvent ne peut faire face aux problèmes que celles-ci engendre. Ainsi, nous nous plaignons souvent que les choses sont mal règlementées, mais sommes obligées de les cautionner, ou du moins de nous y adapter… Faux jeu de dupes !

En parlant de transport, revenons au problème des véhicules banalisés qui effectuaient illicitement le transport entre les communes. Leur interdiction d’exercer cette activité n’a pas  été respectée plus d’une semaine. A ce jour, nous continuons de nous déplacer en « wôrô wôrô personnels », très conscients des (faibles) risques encourus. Un billet de 500 F remis discrètement, par le transporteur illégal, lors d’un contrôle de police, étant largement suffisant pour fermer les yeux de nos autorités sur la question… Qui doit faire quoi dans ce pays pour maintenir efficacement l’ordre des choses ? Question difficile à répondre, quand on sait que nous résolvons le plus souvent les problèmes en en créant d’autres, ou du moins en les déplaçant.

Les gares, les crevasses sur les routes, le porte-monnaie anorexique du « chef de famille », le panier de la ménagère qui s’amincie, les caniveaux bouchés de toutes parts, l’insalubrité ingérable etcetera… Que faut-il faire pour apporter des résultats concrets et durables à tous nos problèmes? J’ose quand même espérer que nos ponts en construction n’auront pas besoin de réfections importantes après seulement un an d’ouverture à la circulation. De grâce, pensons sincèrement développement durable, au risque d’émerger avec beaucoup de peine.

En ce jour destiné aux femmes, que ma faible voix puisse porter pour faire entendre ce message à nos autorités : Oui aux Vraies Solutions, mais Non aux Solutions Provisoires.

 

(Paru dans l’Intelligent d’Abidjan du 08/03/2013)

Fin d’année fashion

Les fêtes de fin d’année sont proches. Pour ces occasions les fashionistas (tous budgets confondus) se doivent d’être à la pointe de la mode…

Pour être tendance, pourquoi ne pas adopter le concept du « Tuaaage, Mouraage, Enteraaage!« ? En gros ça va tuer dans la capitale avec le nouvel arrivage de friperie!!! Vous ne me croyez pas?? Huum il suffit de jeter un coup d’œil sur la banderole flashy de ce marchand! C’est pas « samizément deh »! 😀

Arrivage de friperie pour les fêtes de fin d'année - Abidjan

Arrivage de friperie pour les fêtes de fin d’année – Abidjan

 

*C’est pas samizément: c’est pas du jeu (en argot)

 

SUR LE GOUDRON…

Quelques semaines après la « guerre »,  des travaux de rénovation des routes, de grande ampleur, ont démarré dans la ville d’Abidjan, comme s’il fallait que toutes les crevasses fassent partie du passé, vite vite vite !

Ah qu’on était heureux en se disant que désormais, plus jamais nos pneus et jantes n’auraient à souffrir sur l’asphalte. Tout roulait…Mais nous avons vite déchanté ! Le goudron utilisé n’était peut-être pas de bonne qualité ou bien les véhicules, trop contents de surfer sans obstacles, ont tellement martelé les chaussées qu’elles ont vite faibli pour retrouver  leur état initial de dégradation… Une chose est sûre : la valse des slaloms pour éviter les trous a repris dans la capitale ! Ce serait hypocrite de nier le fait que le danger soit partout et les excavations de plus en plus énormes. L’automobiliste a intérêt à faire ses prières avant de prendre la route, car entre l’indiscipline caractérisée de chacun et les obstacles à n’en point finir, même le plus averti ne peut jamais être certain d’arriver à destination sain et sauf ou sans quelques bobos sur son engin.

Chaque commune d’Abidjan, chaque autoroute possède son trésor de trous auxquels les usagers sont obligés de s’adapter. Pendant que de nouveaux ponts se construisent, quel est véritablement le sort de nos voies secondaires? Tout le goudron livré au pays en ce moment, est-il uniquement destiné à ces travaux colossaux? Ministères, districts, mairies, à quels organismes devons-nous, nous pauvres ignorants nous adresser pour que définitivement le problème de la défectuosité des routes soit résolu ?

Le père de la Nation Felix Houphouet Boigny, dont c’est le 19ème anniversaire de la mort aujourd’hui, doit se retourner dans sa tombe en regardant de haut l’état lamentable de nos chaussées ! Le goudron qu’on utilisait en son temps ne doit certainement plus exister, sinon comment comprendre qu’il se soit conservé des décennies durant, alors que celui avec lequel nos voies sont désormais nappées ne peut même pas tenir un an ?

A côté de cette situation très inconfortable, les usagers de la route sont également obligés de participer à la comédie des agents censés contrôler la sécurité routière qui passe leurs journées en verbalisations, pas toujours légitimes, ou, pour certains, en racket pour assurer quelque pitance journalière. Pourtant aucun ne semble gêné par la piètre qualité de ce goudron qui les unit aux conducteurs…

Mais, heureusement, il n’y a pas que des choses négatives sur ce goudron. Certains efforts ont été constatés. Ainsi, nous avons tous été ravis de voir la fraicheur des nouveaux uniformes de nos policiers de la circulation, plus fiers d’exercer leur tâche ardue de régulation du trafic. Aussi, depuis plusieurs jours nous avons remarqué que les tables des marchandes qui servaient auparavant à faire les barrages de police, en complément des pneus usés, ont été remplacées par des panneaux mobiles imposants de couleurs blanche et rouge, ainsi que des torches rouges posées à même la chaussée, censées constituer des balises de sécurité fluorescentes.

L’image ne paraitrait pas insolite si ces panneaux « halte police » flambants neufs n’étaient pas souvent situés en pleines zones de crevasses, pour aggraver les difficultés des conducteurs, et si les torches rouges n’avaient de fluorescent que l’adjectif qu’on a bien voulu leur concéder car leur terne luminosité et leur visibilité incertaine font douter de leur efficacité.

Mais c’est ainsi que chaque jour les acteurs de la route, se croisent, s’évitent, parfois dérapent sur les nids de poules. Les accidents sont vite arrivés, mais pour l’heure, le problème ne semble pas être une priorité…

MECANICIENS D’OCCASION

A observer le parc automobile national, on se demande combien de personnes en Côte d’ivoire ont le privilège de posséder un véhicule acheté chez un concessionnaire?
Dans le grand manège des voitures qui circulent sur notre territoire, il est facile d’identifier les nombreux « France au revoir » qui monopolisent allègrement les chaussées.

Les heures de pointes sont les périodes idéales pour évaluer le tohu-bohu engendré par ces carcasses mal en point, toussotant parfois de tous leurs poumons tuberculeux et rejetant leurs toxines dans l’air.

Venons-en aux problèmes techniques que subissent ces véhicules « tropicalisés » de force…

Qui possède une voiture « France au revoir » sait qu’il aura affaire à des mécaniciens pas toujours professionnels.
Eux n’ont pas encore compris que, c’est parce que les gens sont pauvres au pays, mais que la voiture est devenue un moyen indispensable de transport, que chacun tente d’en acquérir à prix abordable.
Or, c’est lorsque les petits millions sont enfin rassemblés et la voiture achetée, que les vraies réalités sautent aux yeux!

Comme on le dirait familièrement : « problème de voiture ne finit jamais ! » C’est bizarre mais lorsqu’on a un véhicule d’occasion, on finit par développer une forme de paranoïa! On se surprend à penser que le ciel nous en veut au point de projeter de nous tomber sur la tête !

Contraint, régulièrement, de passer son temps libre chez les mécaniciens, le propriétaire d’un « France (ou autre pays développée) au revoir » à l’impression qu’un sort lui a été lancé. Peu à peu, il peine à joindre les deux bouts et les dépenses s’accumulent, hors de son budget mensuel, pour toutes sortes d’éléments à remplacer !

Le plus curieux dans tout ça, c’est qu’il remarque généralement que, pareillement aux infections nosocomiales, après une intervention bénigne chez le mécanicien, un autre problème, plus important surgit de nulle part ! C’est à ne rien y comprendre ! Aussi aberrant que de constater le nombre de boulons dévissés mais non remis à leur emplacement d’origine.

Le principe de fidélisation de la clientèle de nos « pseudos mécaniciens » est de colmater les brèches en créant d’autres : évidemment que cela fait revenir un client !

Il faudrait que nous reconnaissions une chose : la majorité des mécaniciens du pays n’ont aucune qualification en la matière. Dans la plupart des cas, ceux-ci ont appris le métier sur le tas et en tâtonnant!

S’improvise t-on mécanicien ?

A mon avis non ! Sinon chacun d’entre nous pourrait s’en prévaloir. A force de faire des va-et-vient chez les mécaniciens, on finit tous par avoir des rudiments en mécanique. Les amortisseurs, silent blocs, moteurs, rotules, courroies d’alternateur, pompes à essence, fusibles, numéros de pneus, etc… n’ont plus aucun secret pour nous.

Il est bien dommage de minimiser l’impact des pratiques maladroites des pseudos-mécaniciens, en matière de sécurité routière. Il est certain qu’ils sont indirectement à l’origine de plusieurs des accidents qui sont survenus dans ce pays.
A quand une réglementation claire de cette activité chez nous ?

Dans l’attente, il serait judicieux que l’Office de Sécurité Routière (OSER), contribue à la sensibilisation des usagers de la route, sur la prudence à avoir quant au choix des mécaniciens et le suivi de leurs travaux.
Disons NON aux mécaniciens d’occasion !!!

Avec l’accès aux chaînes télévisées du câble, c’est souvent le regard envieux que le conducteur ivoirien de voiture d’occasion  s’imagine, devant une pub auto, comment sa vie serait paisible si, à la moindre panne, au moindre bris de glace, un spécialiste venait résoudre en un clin d’œil tous ses problèmes, et ce, sans aucun frais.

On peut toujours rêver !

(Paru dans le quotidien « L’Intelligent d’Abidjan du 21/09/2012)