MÈRES SUR COMMANDE

Le 10 mai 2013, à la stupéfaction générale, nous apprenions la découverte au Nigéria, d’une maison dans laquelle 17 jeunes femmes âgées de 14 à 17 ans étaient séquestrées pour être fécondées par un même homme, leurs bébés étant destinés à la vente. Scandaleux !

Cette maison que tout le voisinage prenait pour un orphelinat, était en réalité le lieu d’une activité illicite (la gestation pour autrui n’étant pas prévue dans les textes de lois du pays) qu’on traduirait d’inhumaine, parce qu’il s’agit de violences caractérisées sur des personnes mineures. Tant pis donc pour les éventuelles clientes qui languissaient d’entrer en possession de leurs nouveaux « biens ».

Si cette histoire est choquante, nul n’ignore l’existence de la GPA (gestation pour autrui) qui est une vraie manne financière pour certaines mères porteuses de par le monde, utilisant des moyens pas toujours légaux pour prêter leurs utérus, le temps de quelques mois, à des familles dans le besoin. Dans ces relations, on remarque alors que les besoins des différents protagonistes sont très relatifs. Dans la plupart des cas, deux détresses s’affrontent : la misère financière d’une femme et la misère émotionnelle d’une autre dont le désir le plus ardent est d’être mère… Comme on dit chez nous, « Dieu ne donne pas tout ». Et si l’argent ne peut pas toujours rendre féconde une femme stérile, il peut tout de même lui permettre d’être mère autrement en achetant la vie. Parlez d’immoralité dans ces situations devient très complexe.

Prenons le cas de l’inde, où les « babies farms » sont autorisées. Pour 25000 à 30000$, et sous certaines conditions, l’on peut se faire fabriquer un bébé dans des sortes « d’hôtels », où se côtoient pauvreté et richesse. Cependant, la main tendue n’est pas forcément celle qu’on croit… On bichonne les mamans indiennes volontaires pendant neuf mois. La mère porteuse, devient une poule à l’œuf d’or vénérée, jusqu’au moment de la ponte. A partir de là, les données changent. La livraison doit se faire, sans aucun attachement avec la future « vraie famille » du « bébé qui n’est plus à elle ».

Mais dans un pays où le taux de pauvreté est très élevé, vendre une partie de soi pour aider une autre famille, semble la bonne affaire. On pourrait s’insurger contre l’exploitation du corps humain, dire que la mère porteuse devient une simple machine à faire un enfant viable… Mais que dire des 7000 à 8000$ que ces femmes reçoivent en retour et qui constituent un véritable trésor qu’elle n’aurait pas pu accumuler durant toute une vie de travail ? Cette argent qui leur permet de redémarrer dans la vie, mettre leurs « autres enfants » à l’école, acheter une maison? Doit-on juger ces femmes ?

Personnellement j’ai un avis neutre sur la question des mères sur commande. Chaque cas étant particulier… En lisant les histoires sur le sujet, la seule certitude qui me vient est que le monde est fait d’inégalités et que la loi du plus offrant est souvent la meilleure (d’où les nombreux trafics)… Au fond, que pourrait bien faire une femme stérile pauvre si ce n’est pleurer sur son sort ? Avec toute la bonne volonté du monde, les voies de l’adoption ou de la gestation par autrui lui seront toujours fermées.

Qu’on la considère comme une cause noble ou qu’on s’en insurge, la gestation pour autrui existera toujours… Mais faisons gaffe aux dérives ! Même si tout se vend et s’achète, la vie d’un enfant ne mérite pas d’être bradée ; de même que celle des femmes qui ne consentent pas à sacrifier leur corps dans ces conditions.