A « L’ombre du pont » je me suis assise et j’ai lu…

Josué Guébo ! Quiconque côtoie la sphère littéraire ivoirienne, ne peut pas ignorer ce nom. Pour autant, ma rencontre avec cet homme est fruit du hasard. Tout commence par une affaire de famille…

Un soir de juin 2012 que je me ballade sur le web, je suis attirée par un article écrit par le journaliste blogueur ivoirien Israël Yoroba: J’ai lu « Mon pays, ce soir » de Josué GUEBO. Il y fait l’éloge d’un écrivain, son oncle, en invitant les lecteurs à plonger dans son dernier recueil de poèmes.

Intriguée par les lignes, mais ne sachant comment me procurer le livre, je me renseigne auprès d’Israël  qui propose de me le prêter. Au final il me l’offre… J’y découvre un homme assez complexe, dont la plume transpire un certain engagement politique. Les mots, son arme…

Puis les mois s’écoulent et nos chemins finissent par se croiser. Naturellement, une amitié littéraire nous lie, pimentée de quelques bras de fer verbaux dans les moments où nos convictions, nobles dans leurs divergences, nous rattrapent.

Josué Guébo ! Un poète pas si facile à « lire ». Pourtant ses textes, quelques fois jugés hermétiques,  ne demandent qu’à être décadenassés pour délivrer les joyaux qu’ils peuvent regorger… Les « maîtres du verbe » aiment à corser les choses, façonner des labyrinthes de mots et s’éloigner de la facilité d’esprit, pour sûrement évaluer le nombre de personnes dignes de les décrypter…

Josué Guébo ! C’est aussi le président de l’AECI (Association des écrivains de Côte d’Ivoire). Un homme à l’extraversion prudente, mais plus accessible que les mots énigmatiques qu’il aime à distiller.

En décembre 2012, le poète Guébo, décide de nous entrainer dans un monde différent de celui qu’on lui connaissait déjà: La Nouvelle. Ainsi propose t-il «L’ombre du pont », 150 pages de diverses tranches de vie.

L'Ombre du pont

Je ne suis pas critique littéraire, mais en règle générale n’importe quel lecteur sait s’il a aimé ou pas ce qu’il a lu. Du haut de ma subjectivité donc, je pense pouvoir émettre mon petit avis sur les 16 histoires que l’ami Josué a livré au public.

Un mot s’est rapidement dégagé de ma lecture : PLAISIR. Eh oui, j’ai pris un énorme plaisir à lire ces nouvelles dont chaque mot trahissait les qualités du poète. J’ai chanté les mots plus que je ne les ai simplement lus. Tout y était à sa place, calibré avec professionnalisme.

J’ai beaucoup ri du « père » et de son « absence », été stupéfaite de vivre le « rite de l’anneau ». J’ai été tout aussi choquée que « Karen » et me suis permise de puiser « du soleil dans les yeux d’Ameyo ». Je suis restée dubitative face à « la résurrection à Kpérédi » et ai été surprise que Stephen, une fois, devienne Stephane…

Bien entendu, l’homme engagé hante les pages, mais cela n’a pas été plus mal pour tenter de le comprendre plus profondément.

En refermant ce recueil, je me suis dit qu’il aurait pu simplement s’intituler : « Histoires pas si anodines ». Je garde quelques interrogations dont je n’ai aucun doute qu’elles auront réponses, si je les adresse à l’auteur… Mais je prends mon temps.

En conclusion : si Josué Guébo a pensé, avec « L’ombre du pont », à un coup d’essai, je ne puis que l’inviter à réitérer ce type de coups qui ont la modestie de s’apparenter à ceux d’un vrai maître.

Extraits :

« – Simon, saches que la croix que tu portes, c’est ton Continent. Elle te pèse comme te pèsent les drames de l’Afrique. Mais je soutiens ce Continent avec toi, ses drames et ses peines… » P. 26

« -Ecoute, une terre cultivable remplie de serpents et de scorpions, reste une terre cultivable. Les choses sont très simples. Tu n’as qu’à éliminer les serpents et les scorpions. » P. 32

« Le présent pas simple. Le passé décomposé. Le futur avarié. Nos rêves hier, plus que parfaits avant ces jours défaits, de la main d’une espèce de participe pesant. » P. 56

« L’idéologie habite toujours les caves de la surenchère. P. 84

« Celui qui trahit un traitre ne trahit pas. » P. 131

Josué Guebo - Credit photo Aimsika (café littéraire)

Josué Guebo – Credit photo Aimsika (café littéraire)

Message perso à Josué :

Tout au long de ma lecture, que je me suis par moments amusée à faire à haute voix, j’ai eu cette vision : toi à la guitare, accompagnant des personnes lisant ces histoires, dans une ambiance feutrée, avec des auditeurs attentifs sirotant toutes sortes de cocktails…

Et si de l’ombre de nos pauvres librairies poussiéreuses, cet excellent recueil de nouvelles passait à la lumière ?

 

Dieu, WêrêWêre Liking et moi…

Hier, samedi 29 décembre 2012, je me suis rendue à une séance de dédicace organisée par Les Éditions Balafons, au Manhattan Suite Hotel, à Abidjan, Riviera Attoban. J’y suis allée principalement pour soutenir le pétillant et talentueux Josué Guébo, Président de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire, à l’occasion de la sortie de son premier recueil de nouvelles « L’ombre du pont ».

J’ai été agréablement surprise de constater la présence de Madame WêrêWêrê Liking parmi les 5 auteurs venus présenter leurs ouvrages au public.

Depuis ma tendre enfance, je suis en admiration pour cette grande dame… Adolescente, je rêvais même d’intégrer le « Village Kiyi ». Imaginez donc ma joie…

A chacune de ses interventions, j’ai eu l’impression qu’elle lisait dans mon âme, y extirpait mes pensées pour les reporter à l’assistance… Pareille synchronisation dans notre perception des choses n’a fait que me conforter dans mon Amour pour l’artiste. Suite à une intervention de Madame Esther Moussokro Coulibay, auteure de « Le vent de la résurrection » , roman dans lequel cette « ancienne musulmane » professe sa foi chrétienne, c’est avec délectation que j’ai écouté le point de vue de mama Liking sur la question de Dieu:

Avant qu’on apporte la Bible et le Coran en Afrique, nous aussi connaissions Dieu. Il serait donc erroné de vouloir faire croire que nous étions dans les ténèbres et que ce soient Mahomet pour les uns et Jésus pour les autres, qui aient éclairé l’Afrique. Arrêtons ne nous faire passer pour un peuple d’ignorants, sans foi, dont les pratiques devraient être rejetées.

Que la lumière soit! Et la lumière fût! C’est dire que Dieu même, avant d’entrer en lumière était dans les ténèbres…Il ne faut donc pas occulter les différents aspects de la chose. Toutes les croyances religieuses ou occultes ont donc un lien avec Dieu…

Sur les conflits de religions, la grand-mère de WêrêWêrê Liking lui expliquait ceci:

Dieu est comme un grand arbre. En effet, la perception qu’on se fait de l’arbre dépend de l’endroit où l’on se situe. Or, même si, selon notre angle, nous n’apercevons qu’une partie de l’arbre, celui-ci demeure entier. Pourtant, celui qui le voit de haut, a une vue différente de celui qui le regarde du bas, du sud, de l’est, du centre, du nord… Tout ceci pour dire qu’au fond, on ne peut parler de supériorité d’une religion sur une autre. Elles sont plutôt complémentaires. C’est parce que les gens ne l’ont pas compris que les conflits absurdes persistent dans le monde. Nous devons donc apprendre à être tolérant les uns envers les autres, à rechercher nos points communs et à nous accepter dans nos différences…

Personnellement, je pense que chemin de Dieu est plus complexe que ce que nos diverses religions tentent de faire croire à travers leur guerre de monopole. J’ai l’intime conviction qu’on ne connaitra la vérité sur Dieu, qu’en reconstituant cet énorme puzzle, aux pièces éparpillées, mais toutes marquées d’un sceau commun: la croyance! Une pièce manquante, et l’image est inachevée, imparfaite…

Bon dimanche…Jour du Seigneur pour les uns, jour ordinaire pour les autres.

Ouvrages présentés lors de la séance de dédicace:

  • Le pari de Dizo, Liazéré Kouao Elie.
  • Le Parle-Chanter, WêrêWêrê Liking.
  • L’ombre du pont, Josué Guebo.
  • Le vent de la résurrection, Esther Moussokro Coulibaly.
  • La veuve dorée, Sylvestre Ourega.