Contrôle technique!

Combien parmi vous, vivant en Côte d’ivoire, sont déjà allés passer le contrôle technique de leurs voitures eux-mêmes? Pas beaucoup je suppose…

SICTADans notre pays, nous aimons bien la devise: « à chacun son rôle, à chacun son métier! ». Et qui dit voiture, dit travail de mécaniciens!

Ah nos chers et tendres mécanos, à qui nous sommes obligés de donner notre confiance malgré les mauvaises surprises qu’ils nous réservent à chaque visite! Ces champions en maladies nosocomiales, créateurs de nouveaux maux au grand dam de nos pauvres tacots… Ceux là même dont je parlais dans l’article MÉCANICIENS D’OCCASION!

Nous sommes tellement dépendants d’eux, que nous prenons facilement leurs paroles techniques pour évangiles. Erreur! Car même quand on connait un bon mécano, il faut s’en méfier…Tôt ou tard il finira par faire son roublard… Or, dans un pays où l’argent a décidé de travailler sans circuler dans nos poches, l’adage « 5 francs c’est l’argent » prend tout son sens… Riches ou pauvres, chacun compte son jeton avant de le sortir… Imaginez donc le pactole à débourser lorsque l’heure du contrôle annuel arrive…

Après diagnostic et quelques réparations par-ci par-là, la plupart d’entre nous confient leur voiture au mécano avec l’argent qu’il faut pour effectuer le test en toute quiétude. C’est à dire, le montant fixe des Vignette et Frais de contrôle, auquel s’ajoute « l’enveloppe de secours » pour le cas où les choses ne se passeraient pas comme il faut et qu’il faudrait négocier… Corruption??? Nooooo!!! Disons plutôt arrangement… Malgré toutes les campagnes pour amener les gens à revoir leurs attitudes, certains comportements persistent…

Le système est-il totalement gangréné? A voir les milliers de véhicules en mauvais état, cercueils ambulants, rouler fièrement sur nos routes, on pourrait vraiment le penser… Mais à qui la faute?

Combien d’entre vous savent exactement ce qui se passe lors des contrôles techniques? Moi je le sais, car jusqu’à présent, j’ai toujours préféré affronter cette épreuve moi-même. En tant que femme, je me suis souvent retrouvée la seule « de mon espèce » dans cet univers masculin, scrutée comme une extra-terrestre, en attente du grand test! Après tout, la femme est un homme comme les autres, j’aime me dire…

Comme pour tout « concours » il y a:

– Ceux qui sont très confiants (mais il se dit que même une voiture sortie de chez le concessionnaire peut échouer hein! Huum les « on dit »!).

– Ceux qui n’ont rien révisé (ou peu) et qui comptent sur la triche (les plus nombreux).

– Les autres (dont je fais partie), qui se disent: advienne que pourra…

Attendre le verdict du contrôle technique est pire que patienter pour les résultats du BAC! Le stress… Soit on l’a et on est heureux, soit on ne l’a pas et il faudra passer par la case « revisite », TOUS les moyens étant bons pour ne pas arriver à ce deuxième stade (intervention de « l’enveloppe de secours »)…SICTA2

Personnellement, je n’ai jamais eu à soudoyer aucun agent de la société qui se charge du contrôle technique (SICTA): c’est dire que la corruption ne passe pas par moi… Pourtant elle existe et ce sont toutes ces personnes frileuses d’aller elles-mêmes faire ce test, qui contribuent au développement de ce fléau…

Ceux qui donnent 100.000 FCFA à un mécano pour « gérer » une affaire qui en principe ne doit couter, par exemple, que 50.000 FCFA, à quoi pensent-ils?

Ceux qui laissent un (ou plusieurs) billet(s) en évidence dans la voiture à l’attention du contrôleur, et ce même quand la voiture est irréprochable, quelles idées nourrissent-ils dans la tête?

Ce qui me fait souvent sourire, c’est que les mécanos font de gros bénéfices dans l’histoire, car parfois un simple billet de « tais-toi » (10.000 FCFA) suffit pour décanter certaines situations… Et les voilà se retrouvant avec 40.000 F CFA pour le service rendu, sans compter leurs honoraires qu’ils se feront un plaisir d’encaisser, lorsque tout heureux le client récupérera son « bijou » exempt de « soucis » administratif pour un an…

 

QUITTEZ DANS CA!

Désormais, on en fait des anecdotes qui font sourire les uns et soupirer les autres.

Mais les rapports des usagers avec nos nouveaux compagnons de rues en treillis nous donnent, de plus en plus, du fil à retordre.

En vérité, si chacun avait le courage de pousser la gueulante, tout le monde chanterait à l’unisson les paroles de Mme Henriette Diabaté : « Quittez dans ça ! »

Les panneaux publicitaires contre le racket et la corruption ont beau être placardés à tous les carrefours, que la situation ne fait que s’amenuiser. Ah les gars, quand est-ce que vous allez quitter dans ça ?

D’aucuns diront qu’il serait injuste de jeter la pierre à nos FRCI, parce qu’eux sont venus trouver des méthodes qu’ils ont fini par adopter par la force des choses.

C’est vrai que le « sergent 2 togos » du passé, celui là même qui était très nerveux quand son « mangement » était en jeu, a été remplacé par un autre genre d’agent, mais la finalité reste la même : soutirer le plus aux non moins pauvres conducteurs que nous sommes !

La différence entre l’ancien agent et le nouveau, vient de la technique utilisée. Maintenant, on a l’impression de n’avoir que des mendiants en uniformes qui arpentent les rues ! Dans la plupart des cas, on ne peut pas leur reprocher une quelconque brutalité. Malgré leurs armes qui pointent le nez de la dissuasion, ils sont mêmes doux comme des agneaux.

Combien de fois n’avons-nous pas rencontré un gentil FRCI nous dire : « tonton, tantie ou maman, voici tes enfants, on travaille pour vous oh, si tu as un peu, faut nous donner on va prendre pour boire de l’eau ou notre café», ou bien « tes enfants ont faim » ou encore, sourire aux lèvres de dire : « pour éviter d’aller dans procédure faut donner un petit quelque chose… »

L’affaire se corse quand il s’agit de transport en commun. Là, tous les passagers sont mis à contribution. On fait la quête dans le véhicule. Même 10 FCFA sont acceptés ! C’est là où l’éternel refrain des vendeurs des « black markets » nous revient spontanément en tête: « même 5 FCFA C’est l’argent » !

Le « bon côté » du FRCI c’est qu’il n’est pas compliqué, il sait que c’est un peu un peu que l’argent devient beaucoup… Mais tout de même ! Qui a dit que dans ce pays, ils sont les seuls à avoir faim ? Ce n’est pas parce que les gens roulent en voitures qu’ils brassent des millions de FCFA. Le pays est dur pour tout le monde. 100 FCFA de chacun devient important à ses yeux : ça peut servir pour mettre de l’air dans un pneu chez le vulcanisateur ou payer un sachet d’eau quand il fait chaud et qu’il n’y a pas de climatisation dans le véhicule etc… Alors comment faire si, à tous les coins de rues, surtout très tard le soir, nous soyons obligés de fouiller jusqu’à nos bas de laine pour faire l’aumône aux autres ?

Dieu merci, tous nos FRCI n’ont pas la même attitude. Il y en a de vraiment professionnels. Mais, avouons-le on pourrait vite les compter tellement qu’ils ne sont pas nombreux… En tout cas, s’ils disent le contraire qu’ils nous le prouvent nous qui subissons leur racket…oups leur bienveillante mendicité à longueur de route.

A côté de cela, subsiste aussi le problème de l’alphabétisation de certains de nos frères en uniformes. Il demeure incompréhensible de mettre en front office des personnes qui ont du mal à déchiffrer les mots sur les documents qu’on leur présente lors des contrôles.

Combien de fois n’avons-nous pas vu un agent tenir un document à l’envers, ou prendre un acte administratif pour un autre ? Ce serait terriblement hypocrite d’occulter cette anomalie ! Même dans les pays développés, les armées pullulent d’illettrés. La différence c’est que chez eux, cette catégorie d’éléments est reléguée aux travaux en back office. On ne les voit pas, mais leurs talents sont utilisés différemment. Et en parallèle ils suivent des cours d’alphabétisation en interne. Pourquoi ne pas procéder ainsi chez nous ?

A parler de FRCI, certains souriront en coin en se focalisant sur les « frères du nord » de plus en plus visibles. Mais détrompons-nous ! Pour être constamment sur les routes, je puis affirmer que j’en ai vu de toutes régions ces FRCI qui rackettent, j’en ai croisé de toutes les ethnies, ceux qui sont incapables d’écrire leurs noms !

Qu’on se comprenne bien : le problème est général, qui doit être solutionné en urgence ! Sinon, nous tous finirons par devenir bêtement mendiants dans le pays, dans un schéma à l’image de la chaine alimentaire, où chacun mangera pour être mangé à son tour…

En attendant, je continuerai d’utiliser mon sourire et ma mine désolée pour dire à chaque halte de police : -Les frères, je vous comprends hein ! Bon courage dans votre boulot (vous au moins vous en avez). Mais intérieurement, j’hurlerai  mon ras-le-bol avec un grand : Aah quittez dans ça !

(Paru dans le quotidien L’Intelligent D’Abidjan du vendredi 02/11/12)