MARGOUILLAT

Le margouillat est un animal insectivore de la famille des agamidés, qui est très bien connu chez nous en Afrique. Au village ou en ville, il est facile de le rencontrer dans les rues, excité dans une course folle ou se prélassant sous le soleil pour profiter des doux rayons. Le margouillat est un être bizarre, qui utilise la sournoiserie comme tactique principale pour s’emparer de sa proie, pauvre insecte qui voit rarement le danger venir…

Quel lien peut-il avoir entre un margouillat et un être humain ? Le margouillat n’est pas un animal domestique mais il a su s’imposer dans l’environnement de l’homme. Dans certaines régions, sa chair comestible, est beaucoup prisée. Bien évidemment l’animal ne s’attarde pas dans ces zones où le péril est quotidien.

Mais quand on y réfléchit bien, un autre rapport, entre lui et l’homme saute aux yeux. Celui-ci est plus pécuniaire, qui nous rappelle l’existence d’un être tout aussi prédateur que son homonyme animal. Il s’agit bien sûr du margouillat, ce cher usurier que de nombreux salariés de notre pays connaissent mieux que leurs banquiers officiels. Ce margouillat, est même l’ami intime de beaucoup de fonctionnaires. Il opère tellement sournoisement, que le temps de s’en rendre compte, le pauvre salarié est acculé de dettes. Quand l’argent se fait rare, le margouillat apparaît par magie. Il prend sur lui d’aider immédiatement sa victime en lui proposant un remboursement échelonné avec un taux d’intérêt excessif qui ne semble pas être un frein à la transaction. Un peu comme le diable, il réussit toujours à souiller les consciences des pauvres gens dans la détresse financière. Normal : à l’origine, le mot margouillat provient de l’ancien français « margouiller » qui voulait dire « souiller ».

Le margouillat connait très bien les besoins de l’homme et sait jouer sur ses faiblesses. Dès qu’il acquiert la confiance et le consentement de sa victime fauchée, il lui montre son vrai visage. Il devient nerveux en fin de mois, quand le pauvre malin veut se détourner de son engagement. Il lui arrive même de confisquer la carte bancaire de la proie devenue « client », lui donnant ainsi tous les droits sur ses opérations bancaires. C’est un chef en matière de harcèlement moral, qui a ses entrées partout dans les administrations et sait donc comment mettre la pression sur n’importe quel salarié, sans être inquiéter.

Aucune loi ne règlement l’activité du margouillat, maître de lui-même… Mais d’où provient son argent ? Paie t-il des taxes à l’état ? Pourquoi lui accorde t-on autant de crédit ?

Face à la pauvreté et au surendettement, ce « prêteur d’argent, pas du tout altruiste » n’a pas trop à craindre. Il a encore de beaux jours devant lui. En effet, certains comportements, même illégaux, finissent par devenir des usages.

Au-delà de l’emprise des margouillats sur les petites finances des pauvres salariés, la question qu’on devrait se poser est de savoir pourquoi les gens n’arrivent pas à mieux gérer leurs salaires ? C’est vrai que la vie est de plus en plus chère, que les entreprises exploitent une masse énorme de sous-payés, mais est-ce cela l’unique raison ? La mise en place d’une commission de surendettement pourrait-elle être une solution pour aider les nécessiteux à sortir du cercle vicieux des magouilleurs ? Remarquons que si tel était le cas, cette commission tomberait très vite en faillite devant l’immensité de sa mission.

Pour l’heure, la guerre d’usure continue, les plus faibles ayant perdu d’avance… Tout compte fait, on a toujours les miséreux à l’usure !

Laissons donc nos margouillats bronzer tranquille !