Nous sommes tous coupables!

Lorsqu’en Côte d’Ivoire, j’entends parler de graves accidents de la route, d’incendies causés par des courts-circuits, d’immeubles qui s’effondrent ou d’autres drames, je ne peux m’empêcher de pousser un grand soupir en me disant: les gens vont pleurer, gueuler, accuser, discourir, réagir violemment les uns contre les autres, alors qu’en vérité nous sommes tous coupables!!! Et moi ça commence à sérieusement m’énerver!!!

Qui respecte quoi dans ce pays???

  • Le code de la route s’apparente à la loi du plus fort. N’est prioritaire que celui qui veut et peut passer. Les feux tricolores, quand ils marchent ne servent souvent à rien! Pourtant quand l’accident survient, tout le monde bêtement s’étonne.
  • Et ces branchements anarchiques de fils électriques!? On parle fièrement de compteurs gbassés, de CIE (Compagnie Ivoirienne d’Electricité) qu’il faut gruger parce que les factures qu’elle délivre sont trop excessives… On est trop pauvre, la vie est chère, on veut économiser, on prend donc le risque de flamber à n’importe quel moment au lieu de privilégier notre sécurité.
  • Le prix du gaz augmente. On choisit donc de faire remplir illégalement les bouteilles vides dans des endroits douteux avec une substance dont on ignore la provenance… Mais quand ça fait boum et que tout pète, on maudit les sorciers du village qui nous guette depuis notre enfance.
  • On construit des habitations partout:
  1. Sur les caniveaux qui ne permettent plus d’évacuer convenablement les eaux usées, créant ainsi des fuites incommodantes dans bons nombres de quartiers.
  2. Sur des terrains non viabilisés, avec des matériaux non conformes…
  3. Avec des autorisations obtenues à partir de documents falsifiés ou avec la complicité d’agents véreux.
  • Matin, midi et soir, on insulte les chauffeurs de wôrôs wôrôs et de gbakas. On s’offusque de leur impolitesse, de leur excès de vitesse! Pourtant à la vie à la mort (surtout) on est ensemble dans un collé-serré digne d’un chewing-gum Tarzan dans les cheveux d’un enfant. L’état lamentable de ces véhicules ne semble même plus déranger. Nos vies en danger??? Noooon Dieu nous protège!!! Et notre bêtise, Dieu la protège t-elle autant?

Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples, mais je préfère m’arrêter là… Au fond j’écris aussi mais ça n’ira nulle part, donc je m’octroie le droit d’abréger!

Il apparaît qu’autant nous sommes impuissants face à certaines situations (à cause du « système » gangréné depuis des lustres), autant nous ne sommes pas totalement innocents lorsque le pire arrive… Nos différentes administrations nationales ont leurs responsabilités à prendre, mais nous aussi avons l’obligation d’agir correctement pour éviter les continuels désastres.

A nos dirigeants: nous ne doutons pas de la beauté lexicale de vos discours, ni de la sincérité de vos mesures d’urgence, mais des dispositions et actions DURABLES pour le bien-être des populations nous feraient beaucoup plus de bien.

A nous autres communs des ivoiriens: et si on cessait de faire de l’imprudence et de la négligence notre mode de vie? Arrêtons de pisser sur les murs dans le désordre… Notre vie en dépend!

CETTE DEPRESSION QUI NOUS GUETTE

Chaque fois qu’un terrible évènement ébranle les populations des pays développés, des cellules psychologiques sont mises en place pour prendre en charge les personnes touchées par le drame. Enfants et adultes (et parfois même animaux) trouvent alors réconfort, auprès de spécialistes qui les aident à prévenir d’éventuels risques de troubles mentaux ultérieurs.

Chez nous, l’option de l’aide psychologique ne semble pas être privilégiée, enfin…celle dite médicale. C’est à se demander s’il y a des psychologues et des psychiatres qui exercent effectivement dans notre pays. Les guérisseurs traditionnels et hommes de Dieu, ont fini par les remplacer.

Malgré cela, la dépression nous guette !

Depuis quelques mois, nous croisons beaucoup de « fous » dans les rues. Pas besoin de diagnostic pour savoir que leurs durites ont éclaté, effet sûrement du stress post-traumatique qui a commencé à nous envahir après les évènements que nos subconscients cherchent, tant bien que mal, à occulter.

Pourtant, certaines mesures auraient dû être prises pour nous aider à décharger nos lourds fardeaux psychiques.

Un simple arbre à palabre aurait peut-être pu nous aider dans le cadre d’une thérapie collective… On nous a parlé d’une commission pour dire nos vérités et nous réconcilier… On attend toujours !

Des centres psychiatriques ? L’asile de Bingerville doit être saturé et obligée de refuser du monde.

Dans nos pays en développement les malades dépressifs sont souvent mis à l’écart, et supportent ainsi inutilement des souffrances qui, pour la plupart, sont guérissables.

Au lendemain de la guerre, je me suis demandée combien d’employeurs avaient pris l’initiative de mettre à la disposition de leurs personnels, des cellules d’écoutes, composées de psychologues, afin de permettre à ceux qui en avaient besoin, de se libérer et d’envisager leur avenir professionnel avec plus de sérénité ?
A mon humble avis, pas plus de 5% des entreprises, ont osé faire ce geste qui leur aurait donné un peu plus d’humanité.

Le problème découle du fait que certaines pensées réductrices voudraient assimiler « l’homme noir » à un dur à cuire qui ne peut jamais avoir de problèmes psychologiques !

En réalité, on ne saurait, nous-mêmes, accuser qui que ce soit pour cette méprise dans le jugement que les autres font de nous. Il suffit de nous écouter souvent répliquer : « ça là, ça ne tue pas Africain !!! » ou bien « voir un psy pourquoi ??? Ce sont les blancs qui ont ce type de problèmes ! Africain ne connait pas dépression. Si vous n’avez rien à faire de votre argent, c’est mieux de nous donner au lieu d’aller le gaspiller sur le divan d’un charlatan ! »

« L’Africain » que nous sommes, a-t-il trop d’estime de lui-même pour pouvoir être si confiant de son état mental, quoiqu’il advienne comme situation ?
Si Tahar Ben Jeloun soutient que « la dépression frappe au hasard : c’est une maladie, pas un état d’âme », il y aurait-il une raison pour que, nous africains, en soyons exemptés?
Ce n’est pas parce que d’autres ont bravé vaillamment les époques de l’esclavage et des travaux forcés qu’il faille penser que nous sommes des surhommes ! Or, en tant que simples humains, nous possédons tous nos limites. Par conséquent, la sorcellerie ne peut pas, à elle seule justifier toutes nos défaillances et incohérences mentales.

Il est temps que le problème de la dépression soit pris au sérieux dans notre pays !

Pour ma part, je rejoins Marie Darrieussecq, en disant : « aimer, écrire sont les seuls remparts que j’aie trouvés contre l’omniprésence de la mort et de la dépression. »

(Paru dans le quotidien l’Intelligent d’Abidjan du 19/10/12)