Voyage « Debout-payé » avec Gauz

Il y a des aventures, tout comme des lectures dont on ne sort pas indemne.
Il y a le style de Gauz, ses mots qui saisissent et en imposent.
Il y a Ossiri, symbole d’une immigration africaine, autour de qui tournent les 172 pages d’orfèvrerie que constitue le roman « Debout-payé ».

Debout-payé, c’est l’histoire commune à beaucoup d’africains et particulièrement d’ivoiriens partis se chercher à Bengué (en France). C’est la solution de facilité offerte à ces noirs, en situation pas toujours régulière, pour joindre les deux bouts. C’est un hommage aux molosses invisibles qui tiennent avec stoïcisme leurs postes de vigiles dans les différents temples de la consommation.

Alors, que pourrait-il bien se passer dans la tête de ces Black Men In Black durant leurs heures de travail?
Avant Gauz, avouons-le, tout le monde s’en fichait! Mais grâce à lui, nous nous rendons honteusement compte qu’un vigile peut en avoir dans le ciboulot. La claque! Une fois encore, la carapace ne détermine pas l’intérieur… On le sait pourtant, mais on l’oublie souvent.

Avec la virtuosité d’un chef d’orchestre philharmonique, Gauz nous dépeint ici la riche vie intérieure d’un vigile (futé) alimentée par ce monde extérieur qu’il est chaque jour obligé d’épier pour survivre…

Chacun se retrouve en lisant « Debout-payé ». On sourit de toutes les couleurs, au fil des douches froides, tièdes ou chaudes qu’on reçoit ligne après ligne.

La vie d’Ossiri, ses origines, son travail, les clients indifférents qu’il côtoie, ses amitiés, ses doutes, les autres africains dans leurs différences, la françafrique, les conséquences du 11 septembre… « Debout-payé » s’apparente à un assemblage de poupées russes…
On prend goût à la satire et on se surprend à découvrir et déguster avec avidité les mignardises que l’auteur s’est amusé à emboîter pour notre plus grand plaisir!

Parce que ce voyage littéraire vaut le coup, je vous recommande vivement ce premier roman de cet auteur que je considère comme l’un des meilleurs de son époque…

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Extraits :

« Chacun remplit sa demande d’emploi avec plus ou moins de concentration. Nom, prénom, sexe, date et lieu de naissance, situation matrimoniale, numéro de sécurité social, etc. Ce sera l’épreuve intellectuelle la plus exigeante de la matinée. Quelques uns regardent quand même sur la copie du voisin. Héritage des bancs de classes ou manque d’assurance. »

« AMY WINEHOUSE. Une femme est le sosie confondant d’Amy Winehouse. Au point que le vigile se demande si au lieu de tester les parfums sur sa peau, elle ne va pas plutôt les ouvrir pour les boire. »

« VACHERIE. Certes, il existe des niveaux un peu plus exigeants dans les métiers de la sécurité. Et vigile est à la sécurité ce que 《La vache qui rit》est au fromage. »

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Comme diraient les ivoiriens: Gauz là c’est pas l’homme, c’est génie!

« Debout-payé » de Gauz, édité par LE NOUVEL ATILA est disponible depuis le 28 août 2014.
17 € à Bengué.
13.900 FCFA à Babi.

LE MAL QUI NOUS LIE

Voilà plus de huit mois que le malaise se ressent, sans que rien ne s’améliore. Un autre pays africain, frontalier de la Côte d’Ivoire, connait ses limites politiques et sombre dans d’incompréhensibles tensions. Le virus de la guerre semble détester l’accalmie. Lorsqu’il constate que son pouvoir  faiblit sur un territoire, il trouve aussitôt un autre endroit à gangréner.  Au moment où notre pays se relève pour se reconstruire, voilà que nos frères maliens ne savent plus sur quel pied danser, à moins que ce ne soit pour quel Dieu prier !

En mars 2012, le regard mi-amusé mi-médusé, nous  nous sommes tous interrogés sur cet étrange capitaine Sanogo, sorti de nulle part et qui venait avec ses mutins prendre le contrôle de la présidence de cette république. Une rébellion touareg et un mouvement salafiste plus tard et tout est devenu confus ! Notre vocabulaire a été étoffé de nouveaux mots : Azawad, Ansar Dine, des noms qui prêtent à sourire et appellent facilement au jeu de mots…Sauf que nous ne sommes pas entrain de jouer et que la situation du Mali est grave !

Qui est qui réellement? Qui veut quoi concrètement? Touaregs, islamistes, indépendantistes on s’y perd un peu dans cet imbroglio. On a l’impression d’être pétrit dans une farine sans levain.

D’un côté, certains imposent la charia comme nouveau mode vie. Au Nord, pas intérêt à voler un œuf, au risque de se voir amputer d’une main. Est-il normal de laisser les mœurs rétrograder à cause de pseudos convictions religieuses ? Les extrémistes ont réussi à rendre la religion du prophète Mohamet terrifiante aux yeux du monde ! Quel honte !

Et, d’un autre côté, quand on prie pour que les tensions s’apaisent, certains évènements viennent semer le doute dans nos esprits. C’est ainsi qu’en début de semaine, nous avons assisté à la démission du premier ministre Diarra et à la dissolution de son cabinet quelques heures après avoir été arrêté puis relâché par les troupes militaires de Sanogo. Où va le Mali ? A qui appartient le pouvoir ? Le gouvernement civil, par intérim, ou la junte militaire ? Que fait-on à Bamako, la capitale, où les mouvements politiques n’arrivent même pas à accorder leurs violons? Dans ces conditions, comment espérer une intervention des communautés sous-régionales et internationales ? La confusion est générale au Mali, qui est soumis à un désordre constitutionnel total!

On ne le dira pas assez : « la liberté des uns s’arrête quand celle des autres commence ». Mais n’est-ce pas cher payer pour les populations innocentes ?

Ce que je dénonce, dans ces multiples situations conflictuelles en Afrique, c’est qu’on à l’impression que nos chers révolutionnaires de pacotille veulent absolument faire de nous des experts en géopolitique et en art de la guerre. Je refuse !!! De la genèse au stade actuel des évènements au Mali, j’avoue m’embrouiller les pinceaux lorsque je veux en débattre. Et puis merde ! Je préfère mille fois qu’on me reproche mon inculture en matière de crises politiques africaines que d’assécher mes neurones avec des rapports de force à n’en point finir. Mon Afrique, avec ces cultures diverses, à beaucoup mieux à m’enseigner. Encore faille t-il que des inconscients ne réussissent pas à la détruire…

Au fil des années, j’ai compris une chose : quand la volonté n’y est pas, rien ne peut se faire, en bien comme en mal…Sinon le conflit israélo-palestinien, qui se transmet de générations en générations, aurait eu une fin depuis belle lurette…

Quand comprendrons-nous, en Afrique, que la guerre est un frein à notre développement ? Nous avons besoin de nouveaux modèles, certes, mais pas de dictateurs anarchistes. Expions définitivement le mal qui nous lie ! L’émergence du continent africain en dépend.

(Paru dans l’intelligent d’Abidjan du vendredi 14/12/12)

1 POINT FOR HOLLANDE: SO WHAT??????

Je ne voulais pas m’attarder sur la présidentielle française hein…mais une seule question m’est venue à l’esprit au moment de la proclamation des résultats:
SO WHAT????

J’applaudirai à ce genre de résultats, lorsqu’un jour dans MON PAYS:
– On n’entendra que des bruits de klaxons et des cris de joie à la proclamation du nom (enfin…du vrai nom, parce que chez nous on ne sait jamais qui a vraiment gagné…) du vainqueur…
– On assistera à la désolation contenue des vaincus sans dégâts physique, matériel ou moral
– On comprendra que la politique d’un pays ne se résume pas à la personnalité d’un homme…
En gros quand on sera un peu plus matures…

Pourquoi est-ce si facile d’éclater de joie pour des choses que font les autres naturellement et que nous mêmes ne sommes pas capables de faire???

Afrique mon Afrique, pourquoi réagis-tu toujours aussi bêtement…euh puérilement????

Hollande a gagné!! C’est super cool… Comme quand Obama est arrivé au pouvoir…
Mais depuis Obama, ma vie n’a pas changé et je doute qu’avec Hollande, mon petit monde basculera du tout au tout…
Sarko aurait été élu que je m’en serais autant tapée de cette victoire…

Lorsqu’on élit un président, c’est d’abord pour LE PAYS… A aucun moment je n’ai entendu l’ancien candidat, devenu Président, dire: – quand je serai président on abolira les visas pour les « frères » africains, tous les africains auront le même droit que les français, les salariés des entreprises françaises en Afrique auront les mêmes salaires que leurs collègues de l’hexagone, tous les contrats de monopoles de la France en Afrique seront résiliés, chaque chômeur en Afrique trouvera du travail (déjà que la Gaule n’a pas encore fini de gérer ses problèmes internes à ce sujet)…et bla bla bla….

Non mais oooh redescendons sur terre là: à chacun ses problèmes et ainsi va la vie…

Les français sont contents (ou non d’ailleurs) c’est bien pour eux. Mais sérieusement je m’en contrefiche!!!!!
Demain je vais au job, avec les mêmes incertitudes et les mêmes rêves que j’avais avant la présidentielle française!!!!

Eux ont déjà compris les sens du patriotisme, de la démocratie, des élections, du pays, du citoyen, d’intérêt commun de la nation etc….

Afrique mon Afrique, le jour où le perdant fera un discours exemplaire et très fair-play et que personne ne se jettera de VRAIES PIERRES, je me rejouerai que tu t’extasies autant pour des élections qui se déroulent chez tes amis du sud…

A part ça j’adore les fromages de Hollande, le wax hollandais…mais ça s’arrête là…

 

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