« Dieu est quitter en Afrique »

Gbaka d'Abidjan

Parole de Gbakaman!

Avec la multitude d’événements malheureux qui ne cessent de secouer le Continent, le proprio de ce gbaka* a tiré sa conclusion : « Dieu est quitter en Afrique! », non pas pour dire qu’il soit originaire d’Afrique, mais plutôt pour affirmer que Dieu a bel et bien beou* de nos terres!

Espérons toutefois que le Très-Haut science* un peu sur notre cas et revienne au moins réparer les petites erreurs liées à nos participes passés… Dans tous les cas le retard n’a jamais empêché le bonheur. En Afrique nous sommes patients!

Vocabulaire

Gbaka : mini car

Beou (verbe nouchi) : Fuir, Partir, Quitter…

Sciencer (verbe nouchi) : Réfléchir

COUP DE FOUDRE DANS LE GBAKA

J’avais la tête ailleurs lorsque les autres passagers prirent place à mes côtés. Nous étions à l’arrière du gbaka, deux trios coincés dans un face à face forcé.

L’intérieur de l’engin faisait peur. Hormis le parebrise, il n’y avait plus aucune vitre. Système D obligeant, les chères absentes avaient été remplacées par des grands sacs en plastique.

Entre nous, que pouvait-on espérer d’un gbaka à Abidjan ? Chacun d’eux rivalisait d’ingéniosité pour rendre le trajet de leurs passagers, le plus inconfortable et périlleux possible. C’était auquel serait dans l’état le plus piteux…

Mon esprit se cherchait encore dans le plastique troué, quand je compris que le gbaka n’allait pas tarder à prendre la route. Je me redressai en hâte pour éviter d’être déstabilisée par les secousses.

Et c’est là que je l’aperçus… Étrange sensation, petit boum dans le cœur ! Je le scrutai discrètement. Il avait les traits fins, des dents régulières et blanches, un joli teint noir. Son sourire enfantin donnait de l’éclat aux deux petites billes qu’il avait dans les yeux.

Malgré son t-shirt tacheté de cambouis, il dégageait ce quelque chose en plus qui rend certaines personnes irrésistibles. A un moment, il tourna la tête vers l’extérieur. Je remarquai son profil de pharaon. Il avait vraiment tout en bonne place le mécano. Son aspect le trahissait. On devinait très vite son métier… Il avait pourtant les doigts fins et propres. Dans sa main, trois téléphones, mais aucun smartphone. Je souris en coin en pensant aux conversations que nous n’aurions jamais sur Facebook, Twitter, Whatsapp ou Skype…

Un petit nettoyage du sujet et une mise à jour rapide réussiraient peut-être à le rendre plus à mon goût…  Ah ses lèvres fines ! Elles suscitaient curiosité et appelaient à la gourmandise… Quelles nouvelles saveurs pouvaient-elles me faire découvrir ? Seraient-elles capables de faire oublier aux miennes, la douceur de celles de l’Autre ? Mon Autre, celui que j’aimais le plus au monde, mais qui infligeait les pires peines à mon cœur… Et si ce mec en face parvenait à lui faire de l’ombre ? Je chassai très vite cette idée saugrenue !

Mais qu’est-ce qui me dérangeait au juste ? Qu’il soit mécano ? Que je ne sois pas disposée à faire un remake de la belle et la bête avec lui ? Non !!!  Je n’avais pas pour habitude de juger sur les apparences. Toutefois, le lieu était trop insolite pour tomber si vite amoureuse. L’histoire aurait été un navet à Hollywood. Un titre comme « coup de foudre dans le gbaka », sonnait mal ! Trop nase !

Mon amoureux du jour me fit négliger, pour une fois, la conduite approximative du chauffeur…

Il portait un bracelet doré sur lequel était gravé en majuscule : BOSS. Waouh moi madame Boss ? Personne autour de moi ne pouvait deviner les éclats de rire intérieurs que cachait mon air glacial. Mme Boss hein ! Pas intérêt à nommer notre premier gosse Hugo ! Il pourrait en souffrir toute sa vie…

Le charme se brisa quand le téléphone de mon cher Boss sonna. Son grin de voix était normal, mais son français !!!!!! Pourquoi m’avait-il fait ça ? Pourquoi ne pas avoir privilégier un bon dialogue dans la langue de son terroir pour maintenir ma passion naissante aussi ardente qu’en début de trajet ? Malheureusement sa bouche fécondait plus de nouchi que de Larousse. Dommage…

L’expression de mon visage n’avait pas changé. Mais tout au fond de moi, je pleurais presque la triste fin de cette idylle qui n’avait même pas encore débuté… Le coup de massue m’acheva juste après, lorsque mon Boss, arrivé à destination, se leva pour m’abandonner à mon sort dans le gbaka. Je n’avais pas remarqué qu’il était de si petite taille !!!

Je croyais ma douleur à son paroxysme lorsqu’à travers la fenêtre plastifiée, j’aperçus le petit homme et sa démarche de paysan qui finirent par me ramener à la triste réalité. Je pouvais tolérer que nous ne soyons pas des mêmes milieux, mais je ne supporterais jamais qu’ils soient à mille lieux de mes normes minimales !

GBAKA

 

Note: Ceci est un exercice perso. Emprunter un gbaka (mini-car) et imaginer n’importe qu’elle histoire en m’inspirant des passagers. Vu la tronche qu’il faisait, je suis sûre que mon voisin de droite se demandait ce que je pouvais bien être entrain d’écrire dans ce carnet…

Nous sommes tous coupables!

Lorsqu’en Côte d’Ivoire, j’entends parler de graves accidents de la route, d’incendies causés par des courts-circuits, d’immeubles qui s’effondrent ou d’autres drames, je ne peux m’empêcher de pousser un grand soupir en me disant: les gens vont pleurer, gueuler, accuser, discourir, réagir violemment les uns contre les autres, alors qu’en vérité nous sommes tous coupables!!! Et moi ça commence à sérieusement m’énerver!!!

Qui respecte quoi dans ce pays???

  • Le code de la route s’apparente à la loi du plus fort. N’est prioritaire que celui qui veut et peut passer. Les feux tricolores, quand ils marchent ne servent souvent à rien! Pourtant quand l’accident survient, tout le monde bêtement s’étonne.
  • Et ces branchements anarchiques de fils électriques!? On parle fièrement de compteurs gbassés, de CIE (Compagnie Ivoirienne d’Electricité) qu’il faut gruger parce que les factures qu’elle délivre sont trop excessives… On est trop pauvre, la vie est chère, on veut économiser, on prend donc le risque de flamber à n’importe quel moment au lieu de privilégier notre sécurité.
  • Le prix du gaz augmente. On choisit donc de faire remplir illégalement les bouteilles vides dans des endroits douteux avec une substance dont on ignore la provenance… Mais quand ça fait boum et que tout pète, on maudit les sorciers du village qui nous guette depuis notre enfance.
  • On construit des habitations partout:
  1. Sur les caniveaux qui ne permettent plus d’évacuer convenablement les eaux usées, créant ainsi des fuites incommodantes dans bons nombres de quartiers.
  2. Sur des terrains non viabilisés, avec des matériaux non conformes…
  3. Avec des autorisations obtenues à partir de documents falsifiés ou avec la complicité d’agents véreux.
  • Matin, midi et soir, on insulte les chauffeurs de wôrôs wôrôs et de gbakas. On s’offusque de leur impolitesse, de leur excès de vitesse! Pourtant à la vie à la mort (surtout) on est ensemble dans un collé-serré digne d’un chewing-gum Tarzan dans les cheveux d’un enfant. L’état lamentable de ces véhicules ne semble même plus déranger. Nos vies en danger??? Noooon Dieu nous protège!!! Et notre bêtise, Dieu la protège t-elle autant?

Je pourrais citer beaucoup d’autres exemples, mais je préfère m’arrêter là… Au fond j’écris aussi mais ça n’ira nulle part, donc je m’octroie le droit d’abréger!

Il apparaît qu’autant nous sommes impuissants face à certaines situations (à cause du « système » gangréné depuis des lustres), autant nous ne sommes pas totalement innocents lorsque le pire arrive… Nos différentes administrations nationales ont leurs responsabilités à prendre, mais nous aussi avons l’obligation d’agir correctement pour éviter les continuels désastres.

A nos dirigeants: nous ne doutons pas de la beauté lexicale de vos discours, ni de la sincérité de vos mesures d’urgence, mais des dispositions et actions DURABLES pour le bien-être des populations nous feraient beaucoup plus de bien.

A nous autres communs des ivoiriens: et si on cessait de faire de l’imprudence et de la négligence notre mode de vie? Arrêtons de pisser sur les murs dans le désordre… Notre vie en dépend!

TROP DE BRUITS!!!

Au moment où j’écris ces lignes, des funérailles battent leur plein, à coup de chansons de terroir et grands jeux d’orchestre. Il est 5h30 du matin, le dimanche 05 août, et cette grande messe mortuaire dure depuis la veille 19h.

J’ai une migraine pas possible, et tout ce bruit est la dernière chose que j’aurais pu me souhaiter.
Je ne connais pas le défunt et n’ai nullement été informée de l’évènement. Je suis quand même obligée de participer à distance à son dernier hommage et ce, jusqu’à l’aube. Solidarité africaine me dira-t-on ? Contrainte quotidienne répondrais-je.
Relais incessants de veillées funèbres et rassemblements religieux…

5h46. Pendant que les endeuillés font une courte pause, un autre bruit extérieur, plus proche celui-là, m’interpelle. Je jette un coup d’œil par la fenêtre, et j’aperçois la « folle du quartier » entrain de détruire les étals en bois des vendeurs du coin. Rien d’anormal ! Cette femme, qui s’exprime très bien, se cache sous ses haillons et sa tignasse figée pour détruire tout sur son passage (feux tricolores, pots de fleurs, clôtures etc…). Cela fait plusieurs mois qu’on s’accommode de ses agressions verbales et autres actes qui troublent l’ordre public, sans que personne ne s’en plaigne.
Le groupe Garba 50 a déjà donné la raison : « Ici on pisse sur les murs mais ça ne va pas quelque part… »

6h02. La fanfare des gbakas et wôrôs wôrôs, s’est ajoutée à la joyeuse, mais agaçante fête sonore.

Vraiment dur de vivre dans un quartier populaire ! Trop de bruits!

Au moment où je ressens ce ras-le-bol, j’ignore encore que quelque part dans la ville, plus grave se produit, bruits plus mortels s’entendent, bruits d’armes…

Nous sommes à quelques heures de fêter dignement le 52ème anniversaire de notre terre d’ivoire et le désordre veut se faire maître de la situation.
Ma rage déborde, trop de bruits dans la cité ! Cacophonie d’un pays éclopé !

Le silence et la quiétude sont, de plus en plus, denrées rares par chez nous!
Alors comment trouver la concentration dans tout ce brouhaha ?

Un jour que je flânais dans une libraire, j’ai surpris une conversation entre deux hommes devant des présentoirs dédiés aux romans des doyens Isaïe Biton Coulibaly et Régina Yaou. L’un disait à l’autre :
– « ceux là ils ont l’argent, ils habitent dans des grandes villas, au calme, c’est pourquoi ils arrivent à bien se concentrer et écrivent beaucoup. S’ils vivaient dans le bruit comme nous autres, où ils allaient trouver l’inspiration pour tout ça? »

J’ai souris en me disant que ce monsieur n’avait pas totalement tort.

J’ai alors pensé à la citation du chirugien Victor Pauchet : « La concentration est la faculté qui crée les as, les surhommes. »
Pour que nous, ivoiriens arrivions à atteindre ce seuil, il va falloir y mettre du notre. Notre pays a grand besoin d’apaisement. Le tohu-bohu n’a jamais fait avancer.

Trop de bruits en désordre, qui risquent de nous rendre tous fous!
Trop de bruits qui courent, qui veulent nous faire prendre nos jambes à nos cous !
Faisons une grande pause, apprenons à limiter le vacarme, reprenons notre souffle et reconstruisons notre pays dans le calme.