Le chant du cygne d’Yrouflê

En 2013, je constatais avec désolation que le théâtre de mon enfance avait perdu de sa superbe depuis de longues décennies.(cf IL FAUT RESSUSCITER LE THÉÂTRE IVOIRIEN)

Il y a quelques jours, j’ai entendu parler d’Entr’Actes, une programmation théatrâle, fruit d’une collaboration entre le CRESAS, la plateforme culturelle Abatta, la Fabrique Culturelle et le Goethe institut de Côte d’ivoire, qui a pour objectif de faire revivre cet art tombé en désuétude dans notre cher pays.

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C’est avec l’excitation d’une gamine que j’ai débarqué au Goethe Institut le vendredi 04 mars 2016.
La raison de ma présence: Le chant du cygne d’Anton Tchekhov joué par la Compagnie Yrouflê dans le cadre d’Entr’Actes.

Pour des raisons techniques, le spectacle a démarré avec 1 heure de retard.
Pas de quoi couper l’ardeur des nombreuses personnes venues soutenir la troupe.

Résumé: Après une représentation, le vieux Vassili s’assoupit dans sa loge après avoir copieusement arrosé son jubilé. A son réveil, un vent glacial balaie sa loge puis une seule silhouette surgit de la nuit, celle de son souffleur Nikita qui y dormait car n’ayant nulle part où aller. Il se confesse à elle et fait le bilan de sa vie de bouffon teinté par le cabotinage.

Mon avis :
La première partie du spectacle m’a profondément touchée et totalement retournée!
Sans mot aucun, rien qu’avec des gestes et une bouteille de vin comme compagne, Vassili Vassilievitch, l’ex gloire de 68 ans, nous a embarqués dans sa loge pour mieux nous faire ressentir sa déchéance au fils du temps.
En un instant, mon âme perdit sa lumière, le froid m’envahit et l’éclairage de la scène aidant, je me retrouvai dans la cave de ce Chaplin sans burlesque.
J’ai été moins enthousiasmée par la suite parlée de la représentation.
Peut-être parce que j’avais en face de moi des personnages dont je sentais qu’ils pouvaient aller plus loin que le contexte d’origine. Je m’attendais à une réadaptation de l’histoire, une grande audace qui aurait fait sourire Tchekhov de là où il se trouve.
Certes le vieillard NIkita s’était mué en une belle jeune dame pour l’occasion, mais ce n’était pas assez.

Vassili Sassilievitch et Nikita Ivanovitch

Vassili Vassilievitch et Nikita Ivanovitch

Malgré mon point de vue mitigé, j’ai été époustouflée par la performance de De Certain KOUASSI et enchantée par la participation de Pauline DESCHRYVER. Les deux nous ont servi un ballet yin et yang équilibrant ainsi le tableau qui s’offrait à nous.

Ma petite suggestion:
Tchekhov ayant écrit cette pièce en une heure et cinq minutes, ce serait intéressant de la jouer en 65 minutes chrono au lieu des 50 actuelles. Certains petits détails valent leur pesant de cacahuètes…

Équipe « Le chant du cygne » d’Irouflê:
Mise en scène et scénographie: Moïse-Mary Koffi
Acteurs: De Certain Kouassi et Pauline Deschryver
Maquillage: Touti Création
Musique: Zéphirin Nomel et Francis Agama (Absents ce vendredi)
Décorateur: Renato Guehi
Son: Nunshack (Talentueux producteur) et J.C.

Merci à tous pour ce moment de pur plaisir.
J’ai hâte de vous revoir…
Vive le théâtre!

Moïse-Mary KOFFI, De Certain KOUASSI, Pauline ESCHRYVER

Moïse-Mary KOFFI, De Certain KOUASSI, Pauline ESCHRYVER

Contacts Yrouflê SARL: 59 67 19 74 / 59 79 89 58

Pensé et puis sciencé, ça fait 2

Vendredi 27 novembre 2015, 20h. Popodipo à la Fabrique Culturelle pour écouter ce que L’étudiant et Kapegik, deux membres du Collectif « Au nom du slam«  ont a gbahé.

Nous ne sommes pas nombreux, mais cela importe peu. Là où deux ou trois sont réunis pour jongler avec les mots, les gars du ghetto sont dispo pour faire leur réalité-show.

20h30. Décor planté. Thème du jour : « Pensé et puis sciencé, ça fait 2 ».

NB: si vous êtes bleus en nouchi, attrapez vos keurs deh. Je ne ferai pas de traduction, mais avec un peu d’attention vous finirez par décrypter.

PenserSciencer

Les mecs ne sont pas passés par quatre chemins pour dépeindre les réalités du Ghetto. Leurs sacs étaient gbé de mots. Haut-parleur dans la gorge, ils n’ont pas hésité à sonner l’alarme sur ce qui ne va pas dans notre société.

Ils nous ont fait comprendre la différence entre cherchement et grouillement, nous ont expliqué comment John Pololo est devenu collègue de Victor Hugo. Pololo philosophe du djassa, parce que la rue fait plus sciencer que les discours de Socrate.

Dans le Ghetto, c’est pas la vie de choco. Les uns petit-déjeunent aux gboflotos pendant que les autres savourent leurs croissants chauds. Tout est dur dans le Ghetto. La misère est au kohi. Le taux de chômage est élevé. L’horizon semble s’obscurcir de jours en jours. Les gars piqués n’ont pas luck avec les gos. Tout le monde sait qu’à Babi quand tu n’as pas lahen tu rivalises en transparence avec les vitres! Ghettoman yako!

On dit que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt,
Donc nous là on veille mais la galère impose son veto!
On voulait réussir, avoir l’argent comme les Popito,
Mais au Ghetto on est plus bailly que Spinto!!
Dans le Ghetto, le championnat est trop serré donc tout le monde joue en défense. A défaut de marquer, faut pas encaisser…

Mais n’y a pas que la misère dans le Ghetto. Il y a la communauté renforcée, il y a la solidarité imposée, et malgré la foi en constante épreuve, il y a l’espoir…

Molo molo, on cotise nos moros moros
Inch’Allah un jour tchoco tchoco
On n’va plus s’habiller chez toclo toclo
C’est vrai on est venu au monde codjo codjo
Mais on doit retourner choco choco
C’est pourquoi on pleure pas, on boro boro
Tous les jours pour avoir nos togos togos

Spectacle "Pensé et puis sciencé ça fait 2", 271115 Fabrique Culturelle

Pour tout vous dire, J’AI ADORÉ CE SPECTACLE! Si je devais donner une note, ce serait un 19/20 sans hésitation. J’ai aimé l’intelligence avec laquelle les gars ont manié les mots, la justesse de leurs propos, le fait d’assumer les faiblesses du Ghetto tout en incitant au courage pour s’en sortir. En définitive « pensé et sciencé ça fait vraiment 2 ». On pense en paix, mais on science avec tous les problèmes de la terre dans la tête dans la quête de solutions, de ce bonheur qui trop souvent joue des tours. Mais il faut rester déterminé, ne pas se greffer à la fatalité, pousser les bons pions dans ce grand jeu d’échecs. A force de bara, un beau matin à la porte frappera la baraka!

Albert c’est chaud ya pas tchokoya

A lheur là c’est propoli c’est plus chocoya
A lheur là c’est aclissigui c’est plus kôrôya
A lheur là c’est minds bori c’est plus grokêya

 

Merci à toutes les personnes qui ont contribué à ma joie ce jour là:

  • L’étudiant, excellent poète du Ghetto,
  • Kapegik, avec son nouci-slam qui glisse comme l’eau sur la peau,
  • Noucyboss qui a bien tenu la cabine,
  • Le rossignol en dreadlocks,
  • L’inégalable Philo qui m’a pliée de rire avec l’histoire de son Tonton Totor,
  • La déesse Amina Mèliane Bamba éveileuse de conscience,
  • Chantal Djédjé, aimable proprio de la Fabrique Culturelle,
  • Le serveur toujours poli…

Pour poursuivre la science slamique sous un autre registre, je vous invite à assister à l’hommage qui sera rendu par le Collectif « Au nom du Slam » à l’écrivain Bernard Dadié, le 4 décembre 2015 à 19h au Goethe Institut. Entrée Libre!

Hommage Bernard Dadié Collectif au nom du slam

Vous avez dit danse contemporaine???

Vendredi 24 Mai, au Goethe-Institut Côte d’Ivoire, nous sommes au 3ème jour du Festival International de Danse Contemporaine et de la Scénographie d’Abidjan.

Au programme:

19h30 : La compagnie tchadienne Sabot du vent avec une représentation nommée « Défunt ».

20h00 : « Starting Point 3 » dansé par le duo Felix Bürkle et Hema Sundari Vellaluru, originaires d’Allemagne et d’Inde.

21h00 : Une performance de la compagnie N’Soleh de Côte d’Ivoire.

MON CONSTAT :
Je ne comprends toujours pas pourquoi l’Art contemporain, en général, se veut aussi inaccessible aux pauvres contemporains que nous sommes!
Pourtant je suis quelqu’un de très ouvert aux arts et cultures, mais je dois avouer que pour le coup, je me suis tellement creusée la tête pour interpréter les différents tableaux, qu’à la fin j’étais cérébralement courbaturée!
Les messages délivrés n’étaient, pour la plupart, pas compréhensibles. L’abstrait devenait « VIDE » à mes yeux… J’en ai eu la migraine!

A voir le grand nombre de personnes quitter la salle avant la fin de la pénible dernière représentation, je peux dire sans me tromper que je n’étais pas la seule à vivre ce spectacle comme un supplice!

Cependant, même si je n’ai été transportée par les différents concepts, je ne pourrais avoir l’indécence de mettre en doute le professionalisme des danseurs. De toute façon, je n’aurais jamais été capable de reproduire ce qu’ils ont fait, piètre danseuse que je suis…
Bravo donc pour leurs efforts et les litres de sueurs écoulées…
Le bon point de la soirée: la musique lounge d’accompagnement.

Si c’était à refaire? Euuh la danse contemporaine? Non merci…