Je suis Abidjanais, roi de l’insalubrité…

Je suis le campagnard que l’exode a projeté en ville. Ma case était toujours bien entretenue et mon village distillait de l’air sain. Les citadins m’ont appris d’autres codes. Ma poubelle sera à ciel ouvert.

Je suis le big boss d’une entreprise de la place.
Bien placé pour donner des ordres, mais dehors c’est moi qui fait désordre. Quand le besoin devient pressant, n’importe où dans la ville,  j’improvise un urinoir.

Je suis la go choco d’abobo ou des deux plateaux. Je suis toujours bien mise. Deux mois que j’ai des indiennes sur la tête, sans aucun shampooing pour les rafraîchir. Mon entourage a conclu que j’ai un problème d’odorat. Ça pue mais je ne sens rien.

Je suis l’honnête citoyen qui jette papier, mouchoirs, sachets d’eau et cannettes vides à travers les vitres de ma jolie voiture que je ne veux pas salir. Il y a bien des gens pour rattraper mes projectiles. A chacun de jouer son rôle!

Je suis la ménagère, qui faute de ramassages réguliers, abandonnent ses ordures à n’importe quel coin de rue ou les déverse dans le caniveau le plus proche. Mes enfants sont souvent malades, parce que les moustiques ici font bien leur travail.

Je suis la technicienne de surface engagée par la mairie. Chaque matin je participe à la comédie collective. Mon coup de balaie ne sert à rien d’autre qu’à justifier mon petit pain quotidien.

Je suis Abidjanais, roi de l’insalubrité.
Je pisse sur les murs et puis ça va pas quelque part. Les rues sont sales mais personne n’est responsable. Dans pays là c’est toujours comme ça! Hygiène là seulement ivoirien connaît pas!

image

Ma vie de rat à l’allocodrome de cocody

Mon nom c’est Jeannot Lerat. Je vis à cocody, l’un des quartiers les plus chic d’Abidjan… C’est ce que les humains disent, parce que personnellement je ne vois pas sur quoi ils se basent pour se donner cette classification 5 étoiles.

Chaque jour que Dieu fait, les gens auto-proclamés « chocos » (= in, branchés etc…) accourent dans ma maison pour troubler ma quiétude et celle de ma famille. Mais comme nous ne sommes pas compliqués et que nous préférons la paix à la guerre, nous avons établi un système de cohabitation qui semble bien arranger ces humains: chacun fait comme s’il ne voit pas son camarade et la vie continue…

Nous vivons bien dans ces conditions. Ce que les humains appellent insalubrité équivaut à une aubaine pour nous… Mais à la vérité, entre eux et nous qui est sale???

Parfois je fais des cauchemars dans lesquels ils ont la mauvaise idée de dératiser totalement le site! Je ne vous dis pas comment mes poils se hérissent alors…. Mais Dieu merci, jusqu’à présent, personne ne cherche à me déloger. Quand ils disent qu’il y a un Dieu pour tous, ces humains pensent qu’ils sont seuls dans le lot! Que nenni, nous sommes aussi les créatures de Dieu..

J’espère donc couler mes vieux jours paisiblement dans cette maison que ces humains appellent « ALLOCODROME DE COCODY« .

J’ai appris qu’ils sont tellement fière de ma piaule, que dès qu’ils y sont, ils le mentionnent sur les réseaux sociaux… Sur Twitter, Facebook, Foursquare, Instagram on peut lire les « I am @t allocodrome de cocody with tous mes amis cool de babi ». Ils prennent les photos des copieux plats qu’ils viennent engloutir et les postent sur leurs profils…Mais comme ils sont ingrats, jamais aucun d’entre eux n’a daigné m’exhiber fièrement là bas hein!!

Or connaisseur connait! Nous on sait que c’est dans la saleté qu’ils se nourrissent…au même titre que nous!

A ce soir les amis a mi casa, comme d’hab…

Ecocitoyenneté

Le weekend est arrivé! Beaucoup d’entre nous mettront le cap sur les différents sites balnéaires que compte notre pays.
Ce sera l’occasion, pour la plupart, de se relaxer et de profiter des bienfaits de la mer, après une rude semaine de travail. Par la suite, chacun rentrera chez lui, la mine joyeuse d’avoir pu bénéficier des caresses de l’air marin, d’avoir eu le privilège de bien manger et d’avoir allègrement pataugé dans l’eau salée.

Or, derrière ce bonheur, se cache une autre réalité, pourtant flagrante : nos bordures de plages sont sales !
Comment pouvons-nous, dans ces conditions, promouvoir le tourisme, si nos visiteurs sont accueillis par des quantités énormes de déchets rejetés par la mer ? Un tel état des lieux ferait perdre de sa superbe au site le plus luxueux.

Il suffit de parcourir les plages d’Assinie, Bassam, Modeste, Mondoukou, Sans Pédro etc…pour constater que l’environnement est en danger dans ces zones !

A qui la faute ? Aux propriétaires des restaurants longeant les plages ? Aux mairies ? Aux clients trop aveuglés par leur amour de la mer, pour voir clairement la saleté qui lui sert de paillasson?
A dire vrai, chacun a sa part de responsabilité dans l’affaire !

Et si, pour résoudre le problème, nous cultivions l’écocitoyenneté ?

La nature a besoin de nous en même temps que notre survie en dépend. Pour maintenir ce lien réciproque, il faudrait que nous aussi, à quelque niveau que nous soyons, sentions en nous le devoir de protéger notre environnement. C’est de cette prise de conscience que découleront des actes simples qui se feront peu à peu naturels en nous et qui permettrons de préserver le meilleur de ce que la nature nous offre.

L’éducation étant un pilier de l’organisation humaine, il nous appartient d’initier les enfants, dès les premières classes du primaire aux valeurs de l’écocitoyenneté, en utilisant des moyens ludiques.
Ainsi, quoi de mieux que d’organiser des classes de découvertes à la mer, au cours desquelles, chaque enfant serait sensibilisé sur le respect de la nature et invité à toujours veiller à rendre son environnement propre.

En collaboration avec les communes et les hôteliers, des opérations ponctuelles « Plage Propre » pourraient être mise en place, afin que tout le monde mette la main à la patte et assainisse au maximum les portions de terre à ratisser.

Si chacun de nous développait en lui son écocitoyenneté, nos virées du weekend à la plage seraient mille fois plus bénéfiques. Pensons-y!

Pour commencer, il faudrait éviter d’être soi-même un producteur de déchets. Les bouteilles à la mer, ça va de temps en temps pour les déclarations d’amour et autres messages insolites. Toutefois, ce sont des gestes à bannir si nous voulons préserver nos fonds marins, leur faune et leur flore. Il y a aussi de la vie en dessous, n’oublions pas !

Des poubelles doivent être disponibles tout le long des plages, pour que les visiteurs sachent où déposer leurs ordures de fin de journée. Aussi, un système efficace de recyclage peut être développé, pour permettre la récupération des bouteilles en plastique, par exemple, qui serviraient plus tard aux vendeuses de jus de fruits.
A défaut de politique réelle de recyclage, utilisons le système D. Devenons des écocitoyens ingénieux.

C’est tous ensemble qu’on contribuera à l’émergence de la Côte d’Ivoire. N’attendons pas 2020 pour jeter les bases du développement environnemental. Il y a tant de beaux sites à mettre en valeur. Imposons nous la salubrité, assurons-nous que l’intérieur de notre cour soit aussi reluisante que l’extérieur.

Soyons soucieux de notre bien-être.

(Article, légèrement mis à jour, paru dans le quotidien “L’Intelligent d’Abidjan du vendredi 14 septembre 2012)