Un cure-dent gouro, Une femme & deux maris…

LE CURE-DENT GOUROLe vendredi dernier, en parcourant les rayons de la Librairie Carrefour Siloé de Cocody Saint Jean, mon choix se porte sur deux bouquins d’auteurs que je ne connais pas.

Le titre du premier attise ma curiosité: « LE CURE-DENT « GOURO ». Ce recueil de nouvelles écrites par Germain Zamblé Bi, pourrait m’en dire plus sur la fameuse branche d’arbre dont les vertus aphrodisiaques sont clamées par beaucoup de nos hommes. La couverture est d’ailleurs très évocatrice… J’achète donc ces 190 pages réparties en 4 nouvelles.

UNE FEMME DEUX MARISLe second, je l’avais déjà vu en librairie, ça fait quelques mois que j’hésite à le prendre. Pour cause: je n’aime pas la littérature sentimentale, et en lisant les informations sur l’auteure je constate qu’elle n’a jusqu’alors publié que des romans de ce type dans la collection ADORAS.

Cependant, il est aussi mentionné qu’avec celui-ci de roman, elle fait son entrée dans la littérature générale. Le tire est trop tentant « UNE FEMME, DEUX MARIS ». Je veux savoir comment le thème de la polyandrie sera traité! Je me dis alors: tant pis si Fatou Fanny-Cissé me sert 243 pages d’eau de rose, ça me fera un peu de rêverie pour le weekend.

Samedi lecture: en moins de 24 heures j’achève les deux bouquins, qui assez bizarrement soulèvent, par moments, des situations ou problèmes similaires (excision, alliances de plaisanteries inter-ethniques, querelles pendant les funérailles, pauvreté, mysticisme, fétichisme, relations hommes-femmes etc…) et nous donnent beaucoup d’éclaircissement sur certains de nos us et coutumes (exemples: l’attribution des noms et prénoms chez le peuple Gouro; la présence d’un bouc dans les concessions des Malinkés).

Je suis tout de même choquée par un détail… Dans la nouvelle « Le cure-dent gouro« , Germain Zamblé Bi, attribue une pensée à son français de personnage principal, qui venait de rencontrer une fille du pays:

« …avoir une intellectuelle de cette envergure à ses côtés, une telle vénusté dans un pays où les têtes pensantes féminines se comptaient à peine, était une opportunité. » (pages 16-17).

Grrr! Qu’est-ce qu’il appelle « têtes pensantes qui se comptent à peine »? Les femmes de ce pays ont-elles en majorité des cerveaux vides??? Hum trop de préjugés! Monsieur Bonaventure, les femmes de ce pays ne se limitent pas aux jeunes filles de la pergola ou à celles que vous croisez dans les bars pour européens!

Ma conclusion: Malgré le p’tit bémol, j’ai beaucoup aimé l’écriture simple mais subtile des deux auteurs. Mais j’attribue un tableau d’honneur à Fatou Fanny-Cissé, pour avoir réussi à m’emporter dans son histoire. J’ai adoré détester Penda, l’héroïne sans scrupule! Même quand les scènes me semblaient prévisibles, au fil des pages, j’étais contente de ne pas me tromper sur la suite… Ah Penda!!! Comme un bon film, j’ai savouré chaque minute de cette lecture…

« Une femme, deux maris », rejoins donc les deux meilleurs romans ivoiriens (selon moi bien sûr) que j’ai lus durant ces 6 dernières années: « Même au paradis on pleure quelque fois » de Maurice Bandaman et « Et l’aube se Leva » de Fatou Kéïta.

JE RECOMMANDE DONC VIVEMENT LE DERNIER-NÉ DE FATOU FANNY-CISSE: un roman sans prise de tête, dont les enseignements vont bien au-delà de ce qui est écrit en quatrième de couverture…

A lire dans le wôrô wôrô, le bus, le gbaka, l’avion, à la plage, au champ, dans votre lit ou votre canapé, au marché, au salon de coiffure…où vous voulez!

FATOU FANNY-CISSE & GERMAIN ZAMBLE BIPrix unitaire: 3000 Fcfa.

 

LITTERATURE ET TENSIONS

L’année dernière, précisément le mercredi 28 novembre 2012, à l’occasion du Salon International du Livre d’Abidjan (SILA2012), le Ministre de la culture, monsieur Maurice Bandaman, dans son discours d’inauguration avait dit une phrase qui devrait rester gravée dans les mémoires : « Là où la culture et la littérature prospèrent, les tensions désespèrent et se taisent ».

Le même jour, au cours d’une conversation sur un réseau social avec ma consœur Yehni Djidji (Le Blog de Yehni Djidji), celle-ci avait déclaré : « Il est temps qu’on arrête de faire travailler les muscles, mais les méninges quand on n’est pas d’accord.»

C’est dire comment tous ceux qui militent pour les mots, la culture et l’intelligence d’esprit, sont en phase !

A observer les conflits qui pullulent sur notre continent, on arriverait à croire qu’un bon nombre d’entre nous préfère l’ignorance à l’ouverture d’esprit que procure la culture et particulièrement la littérature. Celui qui vit de la « litteratura » aurait-il le temps de supporter sur ses épaules des armes lourdes pour faire une quelconque guerre ? L’écriture forge l’âme et gagne bien souvent, pacifiquement de grandes batailles. Nos religions monothéistes en sont un bon exemple, qui ont pu propager leurs messages à travers les textes dit sacrés. Dans leurs cas malheureusement, certains hommes, trop délurés et dans l’ignorance du contenu intégral des Bible, Coran, Torah etc… se sont parfois battus et continuent encore de tuer pour les imposer au monde…. Des messages d’amour qui virent au pugilat ! Pourquoi diantre vouloir toujours lever le glaive à la moindre contrariété ? La situation actuelle au Mali nous interpelle une fois encore sur l’absurdité de la plupart des discordes qui minent nos pays…

Mais alors, comment faire prospérer la culture et la littérature afin de faire taire les tensions ?

En Côte d’ivoire, nous avons eu notre lots de batailles inutiles…Mais bien heureusement, nous commençons à comprendre que l’encre couchée sur une page blanche, vierge de toute impureté et juste assoiffée de ce qui constituera la mémoire de demain, vaut mille fois mieux que le sang versé qui souille les âmes et enrichie la haine.

Comme Yehni Djidji le soulignait, les méninges à elles seules devraient suffire à exprimer nos désaccords : bras de fer intellectuel au lieu de jeux de muscles…

De plus en plus, on peut remarquer en libraire la prolifération des publications d’une nouvelle génération d’auteurs ivoiriens qui ont leurs mots à dire. Chacun avec ses opinions réussit à exprimer sa vision de notre histoire et ses aspirations quant à l’avenir… Que ce soit pour évoquer des points de vue politiques divergents ou simplement partager une quelconque passion, tous sont au front de la culture et de la littérature, loin des conflits à la prose barbare…

Il y a quelques semaines, le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, Soro Guillaume, avait organisé, sur la toile, un concours de poésie sur le thème « Meilleurs vœux pour la Côte d’Ivoire ». Je crois personnellement que ce type d’initiatives est à saluer car tout porte à croire que plus notre esprit créatif sera sollicité, moins il y aura de dissensions entre nous.

Aussi, il serait appréciable que nos ministères et autres institutions favorables à un avenir meilleur pour la Côte d’Ivoire, agissent dans le même sens afin d’émuler les esprits créatifs à travers divers concours culturels…

Notre peuple a soif de stabilité et nos jeunes sont prêts à faire évoluer les choses dans le bons sens si on leur en donne les moyens.

Qu’on danse, parle, chante, écrive, crée…pour que disparaissent nos clivages à jamais !