PAUVRES, OUI…MAIS

L’Afrique est pauvre ! Du moins, nos terres sont pleines de richesses, mais aussi incroyable que cela puisse être, nous demeurons, pour la plupart démunis !

Au delà des accusations que nous aimons porter à l’encontre de nos chers colonisateurs spoliateurs, d’hier et d’aujourd’hui, il faut reconnaitre que nous sommes loin d’être étrangers à ce qui nous arrive.

Faisons n’importe quel sondage dans nos villes et villages sur la situation financière générale. A l’unisson, nous soutiendrons avec fermeté que le pays est devenu difficile à vivre, que tout y est cher, que nous sommes tous devenus des CPTE (Citoyens Pauvres Très Endettés), que les « solutions » concrètes tardent à se préciser. Soit !

C’est bien facile de faire porter la responsabilité de notre misère quotidienne aux autres, quand, en réalité, nous-mêmes maitrisons mieux l’Art de l’appauvrissement ! Il suffit d’observer ce qui se passe lors des funérailles pour s’en convaincre.

Entre mascarades, gros vaudevilles et fourberies, nos rites funèbres nous font voir de toutes les couleurs !

Comment comprendre que notre productivité se développe le plus souvent dans le malheur ? Nous affectionnons particulièrement la solidarité douloureuse.

C’est au cours des funérailles, qu’on aime montrer qu’on avait toutes les possibilités d’aider le mort de son vivant. Mais il est plus agréable pour nous d’en faire la preuve, lors d’une veillée, devant toute la communauté. Cela nous procure une paix de cœur macabre… Les fleurs sur la tombe plutôt que des bouquets au chevet du lit d’un malade. On a l’argent, mais ça ne se voit que lorsqu’un de nous, nous quitte.

Dans les funérailles, pendant qu’un groupe exhibe sa fortune, un autre, constitué de charognes guettent autour, quémandant les miettes de dons éparses.

Ce qui m’a toujours paru ridicule, c’est le nombre de millions de FCFA qui s’amassent aussi aisément dans ces moments là. On met le paquet, pour ne pas avoir honte devant les personnes venues soutenir moralement et surtout pour ramollir les cœurs de celles dont les offrandes sont attendues avec avidité. On s’active dans les cuisines pour nourrir la masse de personnes qui viendra compatir, on refait les peintures, on loue des bâches, sonorisations, terrains pour la circonstance. Pareillement aux mariages, il faut impérativement que les funérailles réussissent ! Il ne faut pas gâter son nom !

Nous nous devons d’accompagner dignement nos morts ! Ce n’est pas parce que nous sommes pauvres qu’aucun effort ne doit être fait dans ces moments tristes. Notre notion de dignité me fait sourire amèrement. A l’occasion des funérailles, on ne doit pas compter à la dépense, même si pour ça, on se fait octroyer des prêts qu’on peinera à rembourser, alors que nos chers cadavres ne seront plus que des souvenirs retournés à la poussière.

Si nous utilisons toute notre dextérité, en période de funérailles, pour générer autant de richesses, pourquoi nous est-il difficile d’en faire pareillement, pour nous valoriser nous-mêmes au quotidien ?

Au fond, il n’y a pas autant de « vrais pauvres » chez nous ! Rien que des personnes qui s’asseyent sur leurs biens. Si chaque famille organisait des cérémonies de mêmes envergures que nos funérailles, pour collecter des fonds, afin d’aider les plus courageux à entreprendre au profit de la communauté, notre légendaire pauvreté disparaitrait !

Mais pour cela encore, il faudra faire face à l’hypocrisie des uns et à la malhonnêteté des autres.

Entre vivants c’est délicat ! On ne s’entend que sur nos morts.

On nous abreuve de « ainsi va l’Afrique », et moi de conclure qu’à cette allure, elle n’ira nulle part.