Point Mort

Malgré le vent d’apaisement qui souffle sur notre pays, ce serait bien mentir de dire que la Côte d’Ivoire a atteint le niveau de réconciliation souhaitée. La lourde tâche confiée à la CDVR semble avoir échoué. A qui la faute ? Les experts n’en finiront pas de si tôt avec les conférences pour expliquer l’inutilité de la rancœur et de nos propos chagrins qui ne cessent de nous endurcir.

Plus nous avançons plus j’ai la certitude que la raison pour laquelle nous sommes encore au point mort, est plus simple que nous croyons : LE CAPRICE ! Oui les ivoiriens ont toutes les capacités pour recoller les morceaux, ils ont la force de se réconcilier. Mais ils s’y refusent par pur caprice ! Des bébés trop gâtés, qui pensent que tous leurs désirs doivent être des ordres, même à courir le risque du désordre ! Dans ces conditions il apparaît surréaliste d’envisager un nationalisme intelligent. Chacun campe sur une position qui paralyse toute progression positive.

Ainsi, nous continuons encore de nous diviser selon le principe du « qui n’est pas avec nous est contre nous ». En assimilant ce « nous » à notre petite personne au lieu de l’étendre au « nous » que constitue la nation, nous ramons en eaux troubles. Et nous nous en satisfaisons. Dans tous les cas, nous avons toujours préféré nous tirer par le bas, au lieu de nous entraider. Si nous ne faisons pas attention, la barque va chavirer, nous emportant tous, noyés par de stupides belligérances.

Et si nous envisagions l’exercice de la réconciliation comme un match de football ? Le Foot, seul sport qui réussit autant à déchainer toutes sortes de passions, qu’à souder les uns et les autres. S’il est possible d’avoir des discussions houleuses autour d’un match sans en venir aux mains. S’il nous est normal de chérir des équipes et d’idolâtrer des joueurs étrangers sans que cela ne soit considéré comme antipatriotique, comment réussissons-nous à autant nous haïr entre propres frères?

Le Barça, le Réal de madrid, Chelsea, le Bayern de Munich, Galatasaray etc…, ne sont pas des équipes ivoiriennes. Pourtant, ils ont plus de supporters en Côte d’Ivoire que toutes nos équipes nationales réunies… Comment est-ce possible ?

Or, la vie sur le terrain est semblable à notre vie de tous les jours. Il y a une règle du jeu à respecter, des cartons jaune et rouge distribués en cas de fautes. On y rencontre des personnages au grand fairplay, tout comme des mauvais perdants. Parfois, certains sont laissés sur le banc de touche, alors que leur jeu pourrait être meilleur que les stars adulées qui déçoivent parfois, mais qu’on pardonne ensuite.

Comment réussissons-nous à avoir une attitude si positive quand nous portons nos maillots de « footballeux » et à radicalement changer quand il s’agit de la situation de notre pays ?

Certains, observerons que le sang ne coule pas sur le terrain de foot (quoique…), que leurs enfants n’ont pas été tués pour avoir utilisé une technique de défense différente de leur adversaire… Soit ! Mais comprenons que tout est relatif dans cette vie. Les familles des milliers de personnes tuées par le Tsunami ont conscience qu’elles ne peuvent s’en prendre à la nature ; 1000 morts ou 100 otages africains n’attendrirons pas plus la communauté internationale que 10 morts ou 10 otages américains ou européens

Alors si nous-mêmes voulons continuer à nous mépriser, pourquoi pas ? Nous resterons sagement sur le banc de touche, sans jamais nous démarquer. Toute vie à de la valeur. Toute mort est un drame. Mais, il nous faut pourtant laisser les morts aux morts et avancer.

Peut-être est-ce la peur qui nous paralyse, qui nous accroche à nos incertitudes ? Mais c’est là où tous nos efforts doivent être mis à contribution. Etre au point mort n’est pas si terrible, lorsqu’on décide de prendre son courage pour enfoncer le pied sur l’embrayage et passer tout doucement la 1ère, la vitesse la plus difficile à apprivoiser. Ce cap surmonté, les 2, 3, 4 et 5ème deviennent un jeu d’enfant.

Il ne tient qu’à nous de décider de notre propre sort…

TROUBLE-FETES

Une année de plus s’achève, avec ses perpétuels bilans qui ne nous servent que rarement pour l’avenir et ses perspectives en pointillés…

Pourtant, nous pouvons estimer que la Côte d’ivoire s’en est bien sortie en cette année 2012. Malgré quelques petites zones de turbulences, les dieux ne nous sont pas tombés sur la tête et c’est tant mieux ! La locomotive en route vers l’émergence, semble être à bonne vitesse, n’en déplaise à certains récalcitrants qui s’amusent encore au jeu des trouble-fêtes.

Entre pétards de toutes natures et armes alourdies par la haine des uns et des autres, nous, populations, pas totalement remises de notre traumatisme postélectorale ne savons pas tout à fait sur quel pied danser ! Quand tout semble aller bien, une petite attaque, ci et là, nous fait tressaillir et nous remet dans l’effroi. Mais comme les chrétiens aiment à dire, en parlant des esprits malins : « ils sont vaincus ! ». Oui, ceux qui n’ont pas pitié de nous autres qui aspirons à la tranquillité sont vaincus, et ce, au nom de tous les dieux, prophètes, saints et bossons que nous prions !

Pour mieux se comprendre, peut-être faudrait-il que nous nous parlions, un instant, terre-à-terre. On va se kouman les gbês en même temps pour rentrer dans la nouvelle année sans rancune : les môgôs aigris là, laissez-nous vivre et fêter en paix ! Pour qui vous prenez-vous-même, pour prendre nos vies en otage? A l’heure où le monde avance, c’est nous que vous voulez faire régresser? Eh bien cette fois, vous avez « joué bidé » ! Ce n’est pas parce qu’on vous regarde sans parler que vous allez croire que nous sommes bêtes hein ! Vos bang bang nous fatigue !

Les ignorants qui pensez que lorsque quelqu’un est élu président, c’est juste pour son village et les membres de son ethnie, vous aussi ressaisissez-vous vite, sinon vous allez prendre drap que la vie n’est pas aussi simple. C’est bien de crier à tous les coins de rues que c’est vous qui êtes au pouvoir, mais, nous autres, nous savons que c’est un candidat qu’on a choisi et non un représentant d’une ethnie. Si c’était pour élire des groupes de façon tribaliste, chaque village allait être un pays et puis chacun allait se gouverner dans son patelin. Mais ce n’est pas comme ça que les choses se passent, donc que chacun calme ses ardeurs pour ne pas être déçu en chemin…
Les frères de l’ouest aussi, il y a beaucoup qui sont fâchés parmi eux et qui ne jurent que par un retour glorieux, sur le trône, du chef déchu.

A cette allure, et si toutes les autres ethnies voulaient voir les choses comme ça, la présidence ici serait tournante trimestriellement. Au moins, comme ça un représentant des soixante et quelques ethnies, aurait la chance un jour d’être au pouvoir. Et tout le pays serait content.

Mais soyons réaliste, cela nous est impossible ! Aussi apprenons à faire des efforts d’acceptation pour le bien de notre terre commune, la Côte d’Ivoire.

Que chacun de nous fasse un travail personnel pour purger ses rancœurs et les laisser en 2012. Plus que jamais, l’année 2013, doit être pour la Côte d’Ivoire une année de grâce et de paix. Nous avons l’obligation de ne pas partir fâchés en 2013. Ainsi, Réconciliation et Pardon ne seront plus des mots prononcés pour faussement rassurer les uns et les autres, mais plutôt le reflet de notre renaissance.

BON DERNIER WEEKEND DE 2012 A TOUS.

Le Temps de la paix

Face à certains actes qui, malheureusement, persistent dans notre chère terre d’ivoire, on aurait tendance à se décourager et se dire que la paix chez nous ne sera pas pour demain… Disons, cette paix intérieure qui manque encore à une grande partie de la population et qui empêche le désarmement des coeurs…

Cependant, cela est tout à fait compréhensible…
Toute blessure a besoin de temps pour guérir définitivement. Mal soignée, elle risque de se rouvrir au moindre choc.

Mais que faisons-nous des mots Effort et Pardon?
Les ivoiriens, ont l’obligation de faire le maximum d’efforts pour avancer, en cultivant peu à peu le pardon qui libère, et ce, dans l’intérêt commun.

Ce pays nous appartient tous, c’est dire que son avenir est entre nos mains. Il ne tient qu’à nous de prendre la bonne direction, celle de la réconciliation. Pour ce faire, un apprentissage de la tolérance s’impose…

Personnellement j’ai foi que tout ira dans le bon sens pour la Côte d’Ivoire.

Nous n’avons pas le droit de nous auto-détruire. Voyons plus loin que nos vils intérêts personnels…

Le groupe zouglou « Espoir 2000 » chantait: « Au temps de Boigny, il y avait la paix! Au temps de Boigny, il y avait la joie… »

J’espère que dans un proche avenir, la Côte d’Ivoire aura plus à démontrer au monde, mieux même qu’au temps de Feu Felix Houphouet Boigny…

Et comme la Bible l’évoque dans son L’Ecclésiaste: « Il y a un temps pour tout, un temps pour pleurer, un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser. »

COTE D’IVOIRE LE TEMPS EST VENU POUR TOI DE FAIRE LA PAIX, SECHE TES LARMES ET RECONSTRUIS TOI…

Devenons de bons « PRO »

Le dernier des nombreux sms alarmants que j’ai reçu m’a vivement mise en garde: « Attention, attention ! Des individus très futés passent de cour en cour pour proposer des journaux à la vente. Veuillez ne pas en acheter. Cette opération leur permet de cibler les gens par rapport à leur bord politique. Information à large diffusion ».

Ça se voit que la confiance règne dans le pays ! Cible, bord politique qu’est-ce à dire ? La paranoïa gagne du terrain et c’est plutôt cela qui doit faire tirer la sonnette d’alarme !

Je me suis demandée de quel bord pouvaient être issues les personnes qui n’achètent que des journaux people, d’humour et autre presse généraliste. Des « Pro-amusement » ou des « Pro-divers » ?

Voilà que notre préfixe préféré retentit : PRO ! Depuis que les ivoiriens ont pris l’habitude de se faire constamment des procès les uns contre les autres, nous sommes devenus adeptes des « Pro-Noms ». Tel acte a été perpétré par des Pro-Pierre, à moins que ce ne soit les Pro-Paul qui en sont à l’origine. Tout en sachant que des Pro-Jacques guettent, avides comme des charognes, leur moment d’entrer en scène. De partout ces Pro-noms sont distillés en veux-tu en voilà.

Pourtant, pendant que les accusations mutuelles entre « Pro-de-tous-noms » perdurent, une autre frange de la population observe désabusée, inquiète mais surtout agacée, la situation en branle du pays. Ces personnes, souhaiteraient simplement que leur soit reconnu un statut de Pro-Paix ! Toutes leurs aspirations convergent vers cet idéal : la paix pour tous les citoyens de ce pays, peu important leurs Pro-Noms !

Nous devons prendre conscience qu’il existe aussi des Pro-Personne qui de Pierre, Paul ou Jacques n’en n’ont cure, leur seul désir étant de vivre paisiblement dans ce pays !

Il est temps, grand temps pour chaque ivoirien, de mettre du sien dans le processus de désarmement des cœurs et d’apaisement général.
Pour ce faire, pourquoi ne pas chercher à intégrer en nous des « Pro-mots » plus positifs ?
– Promouvoir et Propager la paix dans les villes et hameaux.
– Proposer des solutions utiles pour favoriser l’union, la fraternité et la solidarité
– Se Protéger les uns les autres sans aucune distinction.
– Se Projeter dans l’avenir ensemble pour le développement de notre pays etc…

Marc Bloch disait que « l’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. »
Or, les livres d’histoire ne nous ont que trop enseigné que les guerres mondiales ont cessé lorsque les belligérants ont compris que le seul moyen de préserver leurs intérêts personnels était de garantir leurs intérêts communs.
Qu’on en prenne de la graine !

Si nous voulons que notre musique soit harmonieuse, il est indispensable que chacun de nous joue sa partition afin que la paix règne en maître dans notre chère Côte d’Ivoire.
Tout est une question de bonne volonté. Cessons d’être égoïstes et prenons le pari personnel de devenir simplement de «Bons Pro » !

Paix dans notre pays !

Bon weekend

(Paru dans le quotidien “L’Intelligent d’Abidjan du vendredi 24 août 2012.)