Et si la fiction rejoignait la réalité?

15 AVRIL 2014. Quelque part au Nigéria, le monde s’effondre…
Ce jour là, plus de 200 lycéennes sont kidnappées par la secte islamiste Boko Haram. Stupeur et tremblements!!! Ce groupuscule d’extrémistes a décidé, au nom d’Allah, de libérer ces jeunes filles du joug occidental, en les éloignant de son éducation qui pervertit et de son mode de vie qui serait contraire aux « bons préceptes religieux ».
Et pour bien le faire comprendre, leur minable leader, a craché aux yeux de tous que ces filles seraient mariées de force ou vendues…Tout ça au nom de Dieu… Pauvre Dieu! Pauvres gamines qui n’ont pas eu le « good luck » ce jour-là…

Depuis, leurs familles pleurent, les politiques blablatent, les gens du monde entier tentent à leurs manières d’apporter un soutien, la communauté internationale (disons qu’on s’en remet beaucoup à la toute puissance américaine) essaie de jouer le rôle qu’on attend d’elle…
Pour l’instant, aucune solution n’a été trouvée. Chacun prie pour que les filles rentrent saines et sauves à la maison.
Merde quoi! What’s the hell??
BOKO HARAM BRING BACK OUR GIRLS! !!
BOKO HARAM RENDEZ-NOUS NOS FILLES!!

05 MAI 2014. Jack Bauer revient en force avec sa saison 9 en exclusivité sur Canal Plus, qui diffuse les deux premiers épisodes de la série en simultané avec la Fox américaine. Les fans de 24 Heures Chrono jubilent… Mais les abonnés africains déchantent très vite. Pour eux, il va falloir attendre encore 8 jours avant de recevoir « Live Another Day » en réchauffé…Rendez-vous le 13 mai!
On aura beau dire, malgré le fait que l’Afrique paie le prix le plus cher pour bénéficier de ces canaux venus d’ailleurs, elle n’est pas assez considérée pour faire partie des privilégiés pour qui on déroule rapidement les tapis rouges et à qui on sert champagne et petits fours de luxe au moindre caprice…
Faudrait-il que les clients de Canal Plus Afrique se révoltent face à ce traitement inégal??
Je n’en sais rien…je m’en fous même…je n’ai jamais regardé 24H Chrono…

Quel est donc le lien entre le drame qui se joue au Nigéria et Jack Bauer? vous me direz…

Il est pourtant clair: nous avons besoin en urgence du héros qui, depuis plusieurs années, sauve le monde de la barbarie terroriste.
Dans la saison 9, il paraît que le brave Jack a pour mission de sauver le Président américain d’un complot terroriste à Londres.
Eh bien moi j’ai une mission expresse pour lui (hyper fastoche en plus vu qu’il s’y connaît en la matière) :
VAINCRE BOKO HARAM ET AIDER CES JEUNES FILLES NIGERIANNES, EN GRAND DANGER, À RETROUVER LEURS FAMILLES ACTUELLEMENT DANS LA DETRESSE…

JACK BAUER PLEASE HELP US!

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Et si la fiction rejoignait la réalité? …

LE MAL QUI NOUS LIE

Voilà plus de huit mois que le malaise se ressent, sans que rien ne s’améliore. Un autre pays africain, frontalier de la Côte d’Ivoire, connait ses limites politiques et sombre dans d’incompréhensibles tensions. Le virus de la guerre semble détester l’accalmie. Lorsqu’il constate que son pouvoir  faiblit sur un territoire, il trouve aussitôt un autre endroit à gangréner.  Au moment où notre pays se relève pour se reconstruire, voilà que nos frères maliens ne savent plus sur quel pied danser, à moins que ce ne soit pour quel Dieu prier !

En mars 2012, le regard mi-amusé mi-médusé, nous  nous sommes tous interrogés sur cet étrange capitaine Sanogo, sorti de nulle part et qui venait avec ses mutins prendre le contrôle de la présidence de cette république. Une rébellion touareg et un mouvement salafiste plus tard et tout est devenu confus ! Notre vocabulaire a été étoffé de nouveaux mots : Azawad, Ansar Dine, des noms qui prêtent à sourire et appellent facilement au jeu de mots…Sauf que nous ne sommes pas entrain de jouer et que la situation du Mali est grave !

Qui est qui réellement? Qui veut quoi concrètement? Touaregs, islamistes, indépendantistes on s’y perd un peu dans cet imbroglio. On a l’impression d’être pétrit dans une farine sans levain.

D’un côté, certains imposent la charia comme nouveau mode vie. Au Nord, pas intérêt à voler un œuf, au risque de se voir amputer d’une main. Est-il normal de laisser les mœurs rétrograder à cause de pseudos convictions religieuses ? Les extrémistes ont réussi à rendre la religion du prophète Mohamet terrifiante aux yeux du monde ! Quel honte !

Et, d’un autre côté, quand on prie pour que les tensions s’apaisent, certains évènements viennent semer le doute dans nos esprits. C’est ainsi qu’en début de semaine, nous avons assisté à la démission du premier ministre Diarra et à la dissolution de son cabinet quelques heures après avoir été arrêté puis relâché par les troupes militaires de Sanogo. Où va le Mali ? A qui appartient le pouvoir ? Le gouvernement civil, par intérim, ou la junte militaire ? Que fait-on à Bamako, la capitale, où les mouvements politiques n’arrivent même pas à accorder leurs violons? Dans ces conditions, comment espérer une intervention des communautés sous-régionales et internationales ? La confusion est générale au Mali, qui est soumis à un désordre constitutionnel total!

On ne le dira pas assez : « la liberté des uns s’arrête quand celle des autres commence ». Mais n’est-ce pas cher payer pour les populations innocentes ?

Ce que je dénonce, dans ces multiples situations conflictuelles en Afrique, c’est qu’on à l’impression que nos chers révolutionnaires de pacotille veulent absolument faire de nous des experts en géopolitique et en art de la guerre. Je refuse !!! De la genèse au stade actuel des évènements au Mali, j’avoue m’embrouiller les pinceaux lorsque je veux en débattre. Et puis merde ! Je préfère mille fois qu’on me reproche mon inculture en matière de crises politiques africaines que d’assécher mes neurones avec des rapports de force à n’en point finir. Mon Afrique, avec ces cultures diverses, à beaucoup mieux à m’enseigner. Encore faille t-il que des inconscients ne réussissent pas à la détruire…

Au fil des années, j’ai compris une chose : quand la volonté n’y est pas, rien ne peut se faire, en bien comme en mal…Sinon le conflit israélo-palestinien, qui se transmet de générations en générations, aurait eu une fin depuis belle lurette…

Quand comprendrons-nous, en Afrique, que la guerre est un frein à notre développement ? Nous avons besoin de nouveaux modèles, certes, mais pas de dictateurs anarchistes. Expions définitivement le mal qui nous lie ! L’émergence du continent africain en dépend.

(Paru dans l’intelligent d’Abidjan du vendredi 14/12/12)