Yehni Djidji ou l’ivresse des lettres

J’ai entendu parler de cette fille en 2011 alors qu’elle venait de recevoir le prix de la meilleure blogueuse ivoirienne.Par curiosité, j’ai commencé à suivre son blog sur blogspot et j’ai compris l’engouement autour de sa personne. Les sujets étaient bien traités et touchaient facilement la plupart des ivoiriens.

Nos rapports (inexistants) en sont restés là jusqu’au 14 signé Yehni qui disait:

Coucou, ce serait bien d’ajouter ton adresse mail pour ceux qui veulent te joindre, comme moi !

Oups je n’avais laissé aucun contact sur mon blog. Chose à laquelle j’ai aussitôt remédié. Elle m’a alors embarquée dans son projet « 225nouvelles », un site qui regrouperait les écrits de jeunes auteurs ivoiriens.

En me joignant à cette aventure, j’ai pu constater l’immense amour de cette blogueuse pour la littérature.

Mais pourquoi dédier un article à cette jeune dame? Simplement parce que Yehni Djidji c’est un peu moi quelques années en arrière, avec moins de goût du risque… Or, seule la foi peut déplacer les montagnes! Et avec sa grande volonté et ses énormes efforts, elle met tout en œuvre pour partager sa passion de l’écriture et du livre et réaliser ses rêves littéraires. On ne peut qu’en être admiratif…

Ne surtout pas se fier à son air fragile! C’est une vraie battante qui se cache derrière cette apparence, une louve qui est prête à se saigner pour faire vivre ses bébés, tous ces projets qui se bousculent dans sa tête et qu’elle a bien l’intention de concrétiser.

Yehni Djidji c’est bien entendu un blog, c’est aussi un roman « Une passion interrompue« , sans oublier ce regroupement de nouvellistes 225nouvelles, mais c’est surtout LIVRESQUE, cette rencontre bimestrielle autour du livre. La seconde édition qui a eu lieu le 19 mai 2013 (encore meilleure que la première deux mois auparavant) laisse présager que cet évènement deviendra incontournable dans l’univers littéraire ivoirien.

Pour pérenniser ce merveilleux rendez-vous, qui draine de plus en plus d’amoureux des lettres, Yehni Djidji a besoin du soutien de tout un chacun, qu’il soit moral, matériel et/ou financier. Sa famille qui s’implique énormément pour le bon déroulement de l’évènement est aussi à saluer! Mention spéciale à la maman de Yehni toujours au four et au moulin avec sa bonne humeur communicative…

LIVRESQUE3 étant prévue pour le mois de juillet, pour toutes informations ou aides concrètes, merci d’envoyer un mail à yehnidjidji@yahoo.fr.

Personnellement, j’ai la certitude que dans 10 ans on parlera encore de LIVRESQUE

Bravo Yehni Djidji & tous mes encouragements pour la suite!

Yehni Djidji

 

 

 

« Je suis Yehni Djidji, écrivain, scénariste, chroniqueuse, poète, auteur-compositeur, interprète et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Je crois qu’avec la foi on peut tout accomplir, même s’accomplir ! »

 

 

LE GARCON QUI NE PEINAIT PLUS A PARLER

Quand Yehni Djidji proposa une place pour assister au deuxième café littéraire mensuel organisé par Marie Catherine Koissy, femme de média aux multiples facettes, je ne savais pas encore que j’allais passer un des moments les plus plaisants de la semaine.

Ce vendredi 8 mars, 2013, en compagnie de Josué Guebo, Président de l’Association des écrivains de Côte d’ivoire (AECI), je pénètre l’antre de AimSiKa, subjuguée par l’originalité du lieu. En effet, comment s’imaginer que l’escalier à l’intérieur de ce drugstore, conduit vers un espace chaleureux, au décor cosy et au doux éclairage qui respire la convivialité. La boisson et les amuse-bouches en libre consommation ne font que me conforter dans cette impression de bien-être.

Sur les murs, beaucoup de clin d’œil aux USA…  En fond sonore des classiques de feu le « Roi de la Pop Music » Michael Jackson.

Sur un présentoir, des exemplaires du recueil de nouvelles « Le petit garçon qui peinait à parler », à se procurer, pour ceux des invités qui ne l’ont pas encore.

Nous sommes installés depuis 18h30, mais la rencontre avec l’artiste chanteur-écrivain Kajeem débute une heure plus tard.

Ma première impression en le voyant : grand de taille, un air fragile, un peu candide.

Après les mots d’accueil de Josué Guebo et de Marie Catherine Koissy, et un passage assez théâtrale du comédien Bah Kanolo, la parole est donnée à Kajeem . Surprise pour moi : l’auteur de ce recueil de nouvelles ne peine pas tant que ça à parler ! Pour un bègue, il s’exprime plutôt normalement. J’apprendrai plus tard que ce résultat est dû à plusieurs exercices respiratoires qu’il s’est imposés durant plusieurs années.

Si « Le petit garçon qui peinait à parler » devait être résumé en un mot, on opterait pour CRISE. Crises multiples, crise (s) dans la crise (en parlant de la situation de la Côte d’Ivoire), crise au-delà des apparences, crise de sens…

Selon l’ auteur, trois histoires, en particulier, ont un soupçon autobiographique… Cependant, pour Marie Catherine Koissy, que l’auteur l‘admette ou non, toutes les nouvelles nous offrent des tranches de sa vie.

Mais se réunir autour de ce recueil de nouvelles a été, en réalité, un prétexte, pour découvrir l’univers de l’homme.

Pourquoi Kajeem s’est-il mis à l’écriture d’un livre?

Simplement Parce que le format musical actuel ne permet pas d’excéder 3 minutes 30 secondes par chanson, ce qui restreint le champ d’expression. Or, nous sommes loin de l’époque où, comme Fela, l’on pouvait se permettre de raconter une histoire rythmée en 30 minutes…

On apprend surtout que c’est une manière pour l’auteur de renouer avec ses premières amoures. En effet, c’est l’écriture qui l’a mené au chant.

Le rôle de la femme dans sa vie

Kajeem a eu la chance d’avoir deux mamans: une brave mère adoptive qui a élevé une vingtaine d’enfants avec beaucoup amour et sa mère biologique, femme de poigne, meilleure chanteuse que son fils, mais qui n’a pas pu entamer de carrière musicale du fait de son statut de chef traditionnel. Kajeem se souvient qu’à la mort de son père, la plus grande douleur qu’il a eue a été d’envisager la perte de sa propre mère, femme très précieuse à ses yeux.

En ce jour dédié aux femmes du monde, l’artiste leur a rendu hommage en louant le mérite qu’elles ont de ne pas avoir l’égoïsme des hommes en matière de gestion familiale.

Kajeem nous a aussi exprimé sa fierté de n’avoir qu’une progéniture féminine.

 Le bégaiement : regard sur un handicap

Kajeem définit le bégaiement comme un mal du silence. Un mal dont il a souffert tout au long de son parcours scolaire, obligé de subir le mépris de ses compagnons de classes. Mais cela ne l’a pas empêché d’être brillant élève, le meilleur de tous jusqu’en fin d’études à l’université.

Le bégaiement, il l’associe à une multitude d’idées qui se bousculent dans sa tête, et qu’il a réussi à canaliser à travers le chant.

Marie Catherine Koissy,  nous a également confié qu’elle a un handicap, sans nous dire lequel… Et si son regard flamboyant était le fruit de ce handicap qu’elle a tourné à son avantage ? Me suis-je intérieurement demandé… Nous n’aurons pas la réponse. Seul, Kajeem, qui soutient activement l’association d’aide aux enfants handicapés « La Page Blanche », aura la faveur de le savoir en aparté…

A la fin de la rencontre, un roman de Regina Yaou a été offert à Kajeem ainsi qu’un cadeau surprise, à déballer loin de nos regards… La curieuse que je suis s’est sentie un peu frustrée par cette deuxième devinette de la soirée.

C’est aux environs de 21h30 que la séance de dédicace a commencé.

En toute franchise, je n’ai pas vu le temps passer. Des afterworks littéraires: j’en redemande!!!

Ma conclusion :

1) J’ai eu un véritable coup de foudre artistique pour Kajeem.

2) J’ai été ravie de faire la rencontre de l’illustre Henri N’Koumo.

3) Je ne peux que louer cette belle initiative de Marie Catherine Koissy, qui est une référence pour moi, une des rares femmes d’excellence qui dans mes années jeunesse, faisait le rayonnement de la télévision nationale.

Prochain rendez-vous AimSika:  Jacobleu, artiste peintre.

 

Credit photos: AimSika Shop

LITTERATURE ET TENSIONS

L’année dernière, précisément le mercredi 28 novembre 2012, à l’occasion du Salon International du Livre d’Abidjan (SILA2012), le Ministre de la culture, monsieur Maurice Bandaman, dans son discours d’inauguration avait dit une phrase qui devrait rester gravée dans les mémoires : « Là où la culture et la littérature prospèrent, les tensions désespèrent et se taisent ».

Le même jour, au cours d’une conversation sur un réseau social avec ma consœur Yehni Djidji (Le Blog de Yehni Djidji), celle-ci avait déclaré : « Il est temps qu’on arrête de faire travailler les muscles, mais les méninges quand on n’est pas d’accord.»

C’est dire comment tous ceux qui militent pour les mots, la culture et l’intelligence d’esprit, sont en phase !

A observer les conflits qui pullulent sur notre continent, on arriverait à croire qu’un bon nombre d’entre nous préfère l’ignorance à l’ouverture d’esprit que procure la culture et particulièrement la littérature. Celui qui vit de la « litteratura » aurait-il le temps de supporter sur ses épaules des armes lourdes pour faire une quelconque guerre ? L’écriture forge l’âme et gagne bien souvent, pacifiquement de grandes batailles. Nos religions monothéistes en sont un bon exemple, qui ont pu propager leurs messages à travers les textes dit sacrés. Dans leurs cas malheureusement, certains hommes, trop délurés et dans l’ignorance du contenu intégral des Bible, Coran, Torah etc… se sont parfois battus et continuent encore de tuer pour les imposer au monde…. Des messages d’amour qui virent au pugilat ! Pourquoi diantre vouloir toujours lever le glaive à la moindre contrariété ? La situation actuelle au Mali nous interpelle une fois encore sur l’absurdité de la plupart des discordes qui minent nos pays…

Mais alors, comment faire prospérer la culture et la littérature afin de faire taire les tensions ?

En Côte d’ivoire, nous avons eu notre lots de batailles inutiles…Mais bien heureusement, nous commençons à comprendre que l’encre couchée sur une page blanche, vierge de toute impureté et juste assoiffée de ce qui constituera la mémoire de demain, vaut mille fois mieux que le sang versé qui souille les âmes et enrichie la haine.

Comme Yehni Djidji le soulignait, les méninges à elles seules devraient suffire à exprimer nos désaccords : bras de fer intellectuel au lieu de jeux de muscles…

De plus en plus, on peut remarquer en libraire la prolifération des publications d’une nouvelle génération d’auteurs ivoiriens qui ont leurs mots à dire. Chacun avec ses opinions réussit à exprimer sa vision de notre histoire et ses aspirations quant à l’avenir… Que ce soit pour évoquer des points de vue politiques divergents ou simplement partager une quelconque passion, tous sont au front de la culture et de la littérature, loin des conflits à la prose barbare…

Il y a quelques semaines, le président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, Soro Guillaume, avait organisé, sur la toile, un concours de poésie sur le thème « Meilleurs vœux pour la Côte d’Ivoire ». Je crois personnellement que ce type d’initiatives est à saluer car tout porte à croire que plus notre esprit créatif sera sollicité, moins il y aura de dissensions entre nous.

Aussi, il serait appréciable que nos ministères et autres institutions favorables à un avenir meilleur pour la Côte d’Ivoire, agissent dans le même sens afin d’émuler les esprits créatifs à travers divers concours culturels…

Notre peuple a soif de stabilité et nos jeunes sont prêts à faire évoluer les choses dans le bons sens si on leur en donne les moyens.

Qu’on danse, parle, chante, écrive, crée…pour que disparaissent nos clivages à jamais !